page suivante »
49
l'immense galerie qui bordait les quais s'évanouit comme un
vaste nuage qui se brise, se partage et disparaît. Quelques
joyeux compagnons s'abritèrent sous des tentes pour boire,
et tout fut dit.
Il ne vint pas à l'idée d'un seul de ces fesloyanls d'atta-
cher une rose au cadavre de Cléberg, faisant sur son rocher
une triste grimace à cette foule rieuse qui le regardait et lui
adressait mille lazzis, mille quolibets sur sa pileuse mine ;
les musiciens n'eurent pas seulement la pensée de réjouir
cette ombre des sons de leurs instruments ; il n'y eut rien
de populaire dans cette fête, rien qui pût apprendre à l'étran-
ger qu'une cité rendait honneur à l'un de ses citoyens ; rien
de grand , rien de beau, rien de digne ; elle procura seu-
lement une recette meilleure aux marchands de vin du voi-
sinage ; il est très-probable qu'elle n'avait pas été imaginée
dans un autre but, et fit ouvrir trois ou quatre cabarets que
la misère publique a fermés depuis... et l'on appela cela une
fêle!...
Il faut déplorer cette mesquinerie, cette pauvreté, et Ã
côté d'elles cette coquetterie de jouteurs perdus au milieu
d'une foule sans élégance, insouciante, froide, venue là par
désœuvrement, riant sans plaisir, que nulle passion profonde
n'agite, ne remue; que nul orateur n'a essayé d'émouvoir,,
et qui du héros ne sait rien, sinon qu'il a marié des filles,
fait obscur qu'elle reçoit sans discussion , et qui fait vivement
désirer à toutes les belles du quartier que le bon Cléberg ait
un successeur. Non, ce ne sont pas là des fêtes populaires ;
cela ne vaut pas la danse modeste d'un de nos hameaux, ni
la brillante vogue d'Oullins, dans le beau château d'un an-
cien archevêque , prêté long - temps aux jeux du village,
tombé aujourd'hui aux mains d'hommes positifs, qui, après
l'avoir mutilé, en ont pour jamais exilé nos plaisirs. Cela
ne peut pas se comparer à la joyeuse vogue de la Guil-
lotière, dans les grands prés de l'Académie, sous la belle
allée de marronniers, coquettement illuminée, entourée de
4