page suivante »
490
nelle, la fin universelle de la création, qui est le bien absolu",
qui est l'ordre.
Si c'est par nos facultés personnelles que nous vient l'idée
de l'utile ou du nuisible , c'est dans la faculté impersonnelle
de la raison que repose vivante et obligatoire la notion du
juste et de l'injuste. Or, la raison dans la société n'a pas plus
d'autorité que dans l'individu. Dans la société comme dans
l'individu, la force obligatoire de la justice vient de Dieu même;
considérée comme personnalité, la société, c'est-à -dire le pou-
voir qui la représente , s'il a des droits, a donc des devoirs.
Aussi M. Gilardin, acceptant toutes les conséquences de sa
doctrine, en est arrivé à donner au pouvoir politique l'auto-
rité souveraine d'ordonner quoique ce soit en vue unique de
l'utilité, abstraction faite de la justice absolue, et même en
violation de ses préceptes éternels, c'est à ;dire que la société
est affranchie de tout devoir. L'auteur arrive ainsi au fatalisme
historique. « I l est tout simple que l'événement juge le m é -
« rite de l'entreprise.... Pour les tentatives contre le pouvoir
« qui n'ont fait que ronger sa base sans l'abattre, elles restent
« nécessairement punissables, car le droit social dont le pou-
« voir est dépositaire se prononce contre elles.» La maxime
sacrée de Cicéron : Vbi justitia non est, nec jus esse potest, est
reléguée parmi les erreurs de la philosophie. L'auteur de l'E-
tude lui préfère l'axiome antique de l'oligarchie patricienne :
Salus populi suprema lex esto, pensée que, dans les temps mo-
dernes, le comité de salut public a réalisé aux yeux du monde
d'une manière si énergique, au nom de laquelle les iniquités
sociales ont toujours été consommées, et qu'invoquèrent toutes
les tyrannies pour se couvrir d'une ombre de légitimité.—« Je
connais quelque chose de plus odieux et de plus immoral
qu'une mauvaise action, c'est de vouloir légitimer ce qui est
contre le droit; » a dit M. Royer Collard ; il y a des lois dans
les empires contre lesquelles tout ce qui se fait est nul de
droit, a ditBossuet. Sonores équivoques, répond M. Gilardin:
« PourquoiBossuet ajoute-t-il que ce qui est consacré par les
« homme* de contraire à l'éternelle justice, sera nul, radicale-
« ment impuissant et non obligatoire ; n'y voyons qu'une er-
« r e u r q u e Bossuet a dangereusement couver tede l'autorité de
« son génie. Que quelqu'un monte donc assez haut pour
« aller briser dans l'aire de l'aigle l'œuf monstrueux qui y est
« déposé. Ce que les hommes établissent par leurs lois, c'est
« le droit, le droit qui oblige toujours, mais qui n'obligent
« jamais que dans le rapport des hommes. »
Et plus loin : « La désobéissance à des lois violemment in-
j u s t e s peut s'effectuer à tous périls et risques, en devenant
« une affaire de l'homme à Dieu... Mais gardez-vous bien de