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publique, mais seulement du sentiment de sa propre di-
gnité et de la conscience d'un droit à maintenir, d'une
bonne direction à poursuivre, malgré les erreurs ou les
passions momentanées d'un public trompé. Dans cette
position, les hommes d'état attendent le retour infaillible
d'une estime qui leur est due et qui ne saurait leur man-
quer. Mais s'irriter misérablement, comme on ne le voit
que trop, contre des attaques qu'on doit respecter, si elles
sont consciencieuses, qu'on doit examiner même si elles
sont passionnées, c'est un tribut payé à la faiblesse hu-
maine. C'est une folie, puisque la presse, après tout, n'est
pas l'instrument le plus dangereux dans cette guerre aux
personnes. Quoi l donc , vous en prenez-vous à la presse
parce que ses coups visibles pour tous, le sont même pour
vous, et vous donnent la facilité de vous défendre auprès
de ce même public, qui jugera en connaissance de cause
et dispensera, comme c'est son droit, le blâme ou l'éloge?
Aimeriez-vous des coups secrets que vous ne pourriez pa-
rer et qui vous tueraient moralement, sans troubler votre
sommeil ?
Ne rendons pas la presse responsable de ce qui n'est que
l'effet de l'imperfection humaine. Elle n'existerait pas que
les petits n'en seraient pas moins jaloux des grands, les
sots des gens d'esprit, les faibles des puissants. De tout
temps, sous tous les régimes, les supériorités ont éveillé la
liaine des inférieurs. On porte un regard curieux sur les
faiblesses qui peuvent les abaisser au niveau commun. On
écoute avidemment et l'on répète le mal qui se dit d'eux.
Ce qui est particulier au régime de liberté, c'est qu'il érige
cette censure en droit de tous les citoyens à l'égard des
actes et du caractère public des dépositaires de l'autorité,
mais l'instrument est pour eux comme contre eux. Il sert