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site de tons et de couleurs, à cette liberté d'allure enfin
qui font du drame un miroir grossissant, un reflet em-
belli de la vie réelle. Assurément le langage approprié à
chaque sorte de personnage, sublime à propos, simple
quand il convient, familier quelquefois, est plus près du
naturel et de la vérité que le discours, toujours noble, mais
souvent faux et guindé de la tragédie. Seulement il im-
porte qu'on fasse usage de toutes les franchises inhérentes
 au drame, sans en abuser comme cela est arrivé trop sou-
 vent de nos jours. Qu'on se débarrasse des unités incom-
patibles avec les proportions nouvelles du cadre drama-
tique, à la bonne heure : mais ce ne peut être une raison
pour gaspiller l'action, pour disperser l'intérêt de toutes
parts, pour entasser invraisemblances sur invraisemblances,
impossibilités sur impossibilités. Interprétez l'histoire en
la traduisant, dirons-nous à nos dramaturges modernes,
mais ne la faussez pas à plaisir, ne lui donnez pas à tout
propos de flagrants démentis. Mettez-vous en souci de la
couleur locale, rien de mieux ; inscrivez avec exactitude la
date de l'action, blasonnez scrupuleusement les armoiries
de vos personnages, mais prenez garde d'oublier pour ses
soins secondaires et tout extérieurs la peinture essentielle
du caractère, l'observation profonde du cœur. Empêchez
que le costume et le décor n'envahissent toute la place du
raisonnement et de la passion ; sans cela vous auriez sa-
crifié à la vérité particulière et relative la vérité générale
 et absolue de beaucoup plus importante. Vous vous seriez
 privés d'un des grands avantages de votre système drama-
tique, qui peut, quand il le veut b i e n , montrer à la fois
 sous le même masque l'homme et l'individu, l'être de
 raison et l'être réel. Observez toutes les nuances et tous les
 contrastes du langage , mais en n'oubliant pas que la sim-