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223 site de tons et de couleurs, à cette liberté d'allure enfin qui font du drame un miroir grossissant, un reflet em- belli de la vie réelle. Assurément le langage approprié à chaque sorte de personnage, sublime à propos, simple quand il convient, familier quelquefois, est plus près du naturel et de la vérité que le discours, toujours noble, mais souvent faux et guindé de la tragédie. Seulement il im- porte qu'on fasse usage de toutes les franchises inhérentes au drame, sans en abuser comme cela est arrivé trop sou- vent de nos jours. Qu'on se débarrasse des unités incom- patibles avec les proportions nouvelles du cadre drama- tique, à la bonne heure : mais ce ne peut être une raison pour gaspiller l'action, pour disperser l'intérêt de toutes parts, pour entasser invraisemblances sur invraisemblances, impossibilités sur impossibilités. Interprétez l'histoire en la traduisant, dirons-nous à nos dramaturges modernes, mais ne la faussez pas à plaisir, ne lui donnez pas à tout propos de flagrants démentis. Mettez-vous en souci de la couleur locale, rien de mieux ; inscrivez avec exactitude la date de l'action, blasonnez scrupuleusement les armoiries de vos personnages, mais prenez garde d'oublier pour ses soins secondaires et tout extérieurs la peinture essentielle du caractère, l'observation profonde du cœur. Empêchez que le costume et le décor n'envahissent toute la place du raisonnement et de la passion ; sans cela vous auriez sa- crifié à la vérité particulière et relative la vérité générale et absolue de beaucoup plus importante. Vous vous seriez privés d'un des grands avantages de votre système drama- tique, qui peut, quand il le veut b i e n , montrer à la fois sous le même masque l'homme et l'individu, l'être de raison et l'être réel. Observez toutes les nuances et tous les contrastes du langage , mais en n'oubliant pas que la sim-