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dans ses spéculations il s'est appuyé sur le principe de la
raison suffisante et sur la loi de la continuité qui en découle.
La partie la plus originale de la philosophie de Charles Bonnet
est contenue dans sa palingénésie philosophique. Palingé-
nésie veut dire renaissance, résurrection. En effet, dans cet
ouvrage il traite de la renaissance de l'homme et des animaux
à une vie nouvelle. Selon Charles Bonnet, les animaux, les
plantes elles-mêmes ont une ame, et celte ame, quoique en
un degré bien inférieur à l'espèce humaine, est néanmoins
aussi susceptible de perfectionnement et de progrès. A côté
d'une vénération profonde pour la puissance infinie, la sa-
gesse adorable de celui qui a tout créé, il y a dans l'ame si
belle et si pure de l'auteur de la palingénésie une sympathie
et un amour qui s'étendent sur tous les êtres animés de la
nature , il lui répugne de croire que parmi ces êtres il en
existe un seul qui ne doive s'élever un jour après plus ou
moins de transformations jusqu'à la connaissance et à l'amour
du créateur.
Que devient l'homme à la mort, que devient son corps,
que devient son ame ? Quels changements doivent s'opérer
dans cette ame et dans ce corps? Comment dans sa condition
nouvelle gardera-t-il le souvenir de sa condition passée ?
Quel sera son nouveau séjour? Voiià les grandes questions
auxquelles Charles Bonnet a cherché des réponses dans sa
palingénésie. Ces réponses, il ne les donne pas comme des
vérités mathématiquement démontrées, mais seulement
comme des conjectures qui ont en leur faveur un certain
degré de probabilité. C'est dans cet ordre de questions que
Bonnet s'est inspiré des idées de Leibnitz pour lequel il pro-
fesse la plus grande et la plus vive admiration. Il s'empare
de la loi de la continuité, et il fait de celte loi une application
plus étendue et plus rigoureuse que Leibnitz lui-même. Voici
la signification de cette loi de la continuité : Rien ne se fait