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                               ÃŽ21
sans cesse, ce temps ne peut plus revenir. Nous ne nous
promènerons plus ensemble dans ces environs de Paris,
dont les riants coteaux sont pour moi désormais peuplés
d'affligeants souvenirs. Il ne s'y trouve aucun endroit qui
ne retrace à mon esprit ou une judicieuse pensée, ou Lien
un sentiment affectueux de mon frère. Je ne peux ou-
vrir un seul livre qu'il affectionnait, sans y lire l'im-
mense perte que j'ai faite. Comme Montaigne, j'étais si
accoutumé à être deux partout, qu'il me semble n'être
plus qu'à demi.
   Pourquoi faut-il que des lrens si forts puissent se rompre
en si peu d'instants ? pourquoi le ciel qui nous a donné
l'amitié fraternelle, y a-t-il ajouté d'éternelles séparations ?
La patrie qui aurait pu employer si utilement mon frère
dans les emplois civils, a voulu qu'il répandît son sang
dans les combats, avec moins d'avantage pour elle ; je ne
la chéris pas moins pour cela, mais elle ne pouvait me de-
mander un plus grand sacrifice.
                                         J.-B. SAY.


  M. Louis SAY, ancien membre de la chambre de com-
merce de Nantes, mort l'an passé après une longue et
douloureuse maladie, était frère de notre célèbre écono-
miste Jean-Baptiste Say ; il avait publié lui-même quel-
ques écrits sur les finances, et avait fondé, tant à Nantes
qu'à Paris, de très impox'tantes raffineries de sucre.




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