Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                                BIBLIOGRAPHIE.                                533
levé contre ses oppresseurs. Abandonné ou trahi par les rois ses voisins il
avait trouvé en lui une force qui suppléa au manque de tout secours,
quelque chose de l'énergie de ses pères.
   Homme de lettres Byron ne pouvait pas ne pas s'intéresser à l'issue de
cette lutte. Ses opinions politiques incertaines comme toutes ses opinions,
penchaient fortement vers la liberté. Il avait aidé les insurgés italiens de
sa bourse, si leur lutte contre le gouvernement Autrichien s'était prolongée,
il leur eût sans doute prêté son épée. Mais vers la Grèce l'appelaient ses
plus vives sympathies. Il avait, dans sa jeunesse habité cette contrée. Bon .
nombre de ses poésies les plus splendides et les plus populaires avaient
été inspirées par ses vallées et son histoire. Las de l'inaction, dégradé à ses
propres yeux par ses vices secrets et ses chûtes littéraires, désireux de
stimulants nouveaux et de distinctions honorables, il porta son corps épuisé
et son courage abattu au camp des Grecs.
   Sa conduite dans sa nouvelle situation témoigna de tant de vigueur et de
sens qu'elle nous autorise à croire que si sa vie se fût prolongée il se
serait distingué comme soldat et comme politique. Mais les plaisirs et le
chagrin avaient fait l'œuvre de soixante et dix années sur ce corps délicat.
La main de la mort était sur lui, il le sut ; et le seul désir qu'il témoigna
fut de pouvoir mourir l'épée en main.
   Il lui fut refusé. L'inquiétude, les fatigues, le danger et les fatals excitants
qui lui étaient devenus nécessaires retendirent bientôt sur le lit de douleur,
sur une terre étrangère, au milieu de visages inconnus, sans un seul ami
auprès de lui. C'est ainsi, qu'à trente six ans, le plus célèbre Anglais du
XIX e siècle termina sa brillante et malheureuse carrière.
   Nous ne pouvons, maintenant encore, retracer ces événements sans
éprouver quelque chose de ce que sentit la nation, au premier bruit que la
tombe venait de se fermer sur tant de douleurs et tant de gloire, une
émotion pareille à celle de ceux qui virent le corbillard, suivi d'une longue
file de voitures, tourner lentement vers le nord, laissant derrière lui ce
cimetière consacré par la poussière de tant de grands poètes , et dont les
portes restèrent fermées à tout ce qui restait de Byron.Nous nous sovivenons
bien que ce jour-là de rigides moralistes ne purent s'empêcher de pleurer
sur un homme si jeune, si illustre et si infortuné, doué de tant de talents
et soumis a de si rudes épreuves. Mais toute réflexion est inutile. L'histoire
porte sa morale avec elle. Notre âge n'a-t-il pas été prodigue d'avertissements
pour le génie et de consolations pour l'obscurité. Deux hommes, à notre
souvenir, sont morts, qui, à une époque de la vie où la plupart ont à peine
complété leur éducation, s'étaient élevés chacun dans son genre, au plus
haut degré de la gloire, l'un est mort à Longwood , l'autre à Missolonghi.
                                   Traduit par M. Tuu d'OuviER.