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                                   DE

     LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE
              Discours de réception prononcé le 3 février,
dans la séance publique de l'Académie impériale des sciences, belles-lettres
                             et arts de Lyon,

                           PAR M. GILARDIN.




   D'Aguesseau recevait un jour dans son cabinet la visite
de Mallebranche. Sur sa table était ouvert un volume de
Thucydide. La vue du Thucydide surprit et scandalisa presque
Mallebranche. Le métaphysicien ne s'était pas attendu a
trouver sous la main du magistrat le livre du nerveux his-
torien de la guerre du Péloponèse. Il ne comprenait pas
que d'Aguesseau eût du temps a donner a cette lecture inu-
tile. Fidèle au génie de l'école de Descartes, il professait
pour l'histoire un suprême dédain. L'histoire n'était pour
lui qu'une sorte d'empirisme grossier des événements s'ac-
complissant ça et là, dans une mêlée confuse, sans loi pré-
cise; il n'estimait, il ne jugeait digne de l'attention d'un
philosophe que la belle métaphysique dont Descartes avait
été en France le législateur et qui régna longtemps parmi
nous comme la seule science officielle de la philosophie.
    Aujourd'hui les temps sont bien changés. Nous ne répon-
 drions pas que le Mallebranche sur nos tables ne causât
 autant d'étonnement que le Thucydide sur celle de d'Agues-
 seau. La faveur n'est plus a la métaphysique, elle est reve-
 nue tout entière à l'histoire; même c'est a l'histoire conjec-