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LITTÉRATURE. 409 Elle frappe des mains, et demande pour lui, Non pas de la vertu l'inébranlable appui, Mais des palais de marbre, un pouvoir sans entraves, Des champs illimités et de nombreux esclaves. Un puissant souverain se trouverait heureux, Si de sa noble fille il était amoureux. Point de beauté rebelle, et partout où se pose La plante de ses pieds il surgit une rose. Refuse, ô Jupiter, refuse d'accueillir Cette folle grand'mère et ses vœux d'avenir. Tel autre te demande une verte vieillesse : La santé, l'appétit, des muscles sans faiblesse : Gourmand sans prévoyance, il ne comprend donc pas Le poison quotidien d'un énorme repas ! L'excès immodéré d'une trop bonne chère Défend au roi des dieux d'exaucer sa prière. Dans une chair sanglante il consulte le sort, Il évoque Mercure, il recherche un trésor, Et pense qu'en offrant un pompeux taurobole Il pourra, quelque jour, monter au capitole. Il se croit assuré bientôt, dans son bercail, De voir multiplier un immense bétail. Malheureux insensé ! le sang de tes génisses, Qui rougit si souvent l'autel des sacrifices En fait disparaître une et t'appauvrit d'autant: Cela me paraît clair. Tu t'obstines pourtant: « Déjà s'accroît mon champ et s'accroît mon étable, . Bientôt je vais avoir » Rêveur imperturbable! Poursuis ton songe creux : tu n'auras rien du tout, La ruine s'avance et la misère au bout. Si des vases d'argent, d'un travail admirable, Et si des coupes d'or venaient charger ta table On verrait tout-à -coup ton cœur toujours si froid Revenir à la vie et se mettre en émoi.