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DÉ LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE. 233 produisons a cet égard les cadres divers inventés par les philosophes allemands, c'est qu'il nous a paru bon de faire voir combien tout ceci relevait du travail arbitraire de l'i- magination, sans appartenir, même de loin, aux vérités fixes de la science. Nous ferons grâce du surplus des développements. Qu'im- porterait de prendre une connaissance plus détaillée des grands systèmes d'outre-Rhin, de savoir, par exemple, que pour Fichte l'histoire est la révélation de Dieu dans la cons- cience de l'homme, que pour Schelling elle est la manifes- tation successive et infinie de l'absolu, que pour Hegel elle est le développement de l'esprit universel dans le temps? Ces formules a l'usage des savants ne sont que des clefs artistement travaillées, qui, avec l'air d'être différentes, ou- vrent toutes la même porte ; elles ont toutes le même sens, car il n'y a pas au fond deux manières d'entendre la con- ception pantheistique ; elles signifient que l'histoire c'est Dieu qui arrive successivement a tous les modes d'existence, c'est Dieu qui pousse comme le moindre grain de sehevé, dans une moisson a l'infini, qui ne doit sortir d'innombrables sillons que pour n'être jamais recueillie. En un mot, nous sommes en plein panthéisme. Il y a dans le panthéisme, a cause de l'immensité vague où nagent ses horizons, quelque chose qui en même temps séduit l'intelligence par le désir de tout expliquer et sert a sa faiblesse par la dispense d'une vue nette et précise. Cette philosophie porte le double signe de l'audace et de l'impuissance. En vérité, les philosophes se plongent dans le panthéisme comme Aristote se précipitait dans l'Euripe, pour être compris dans ce qu'ils ne peuvent comprendre. Nous admirons que, partant du panthéisme, Fichte, Schel- ling et Hegel se soient donné bien gratuitement la peine de composer une philosophie de l'histoire, de diviser les temps