Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                CHRONIQUE THEATRALE.



                   JAGUAR1TA L'INDIENNE.

         Opéra-comique en 3 actes, musique de M. Halévy.



   Ceci n'est pas une reprise, c'est bien une nouveauté vraie ,
avec décors nouveaux. Quel succès obtiendra-t-elle? Jaguarila
est-elle destinée à tenir longtemps l'affiche, à être d'autant
mieux comprise qu'elle sera plus écoutée ? Cela pourrait bien
être. Pour être vrai cependant nous devons dire que le public
nous a paru assez froid, et sauf le beau chœur final du premier
acte : 0 nuit tulélaire qui a été bissé, le reste de l'ouvrage n'a
provoqué que des applaudissements réservés.
   La scène se passe à la Guyanne-Hollandaise, près de Surinam,
à ce que dit le libretto, en 1772, pendant la guerre que les régi-
giments hollandais firent avec tant de courage aux peaux rouges
insurgées. On comprend bien de suite à quelles exibitions de
sauvages et de sauvagesses ce cadre se prêtera. Il va de soi que
le capitaine des Hollandais, le jeune Maurice Herbert s'éprendra
d'amour pour la reine de la tribu des Anakotaws, la belle Jagua-
rita; cet amour sera traversé par toutes les contrariétés que la
nature du sujet comporte , mais après tout il triomphera sur le
motif du final du premier acte :
                  0 lille si chère ,
                  Instant plein d'appas !
                  Te voilà dans mes bras !

   Les vers, certes, sont exécrables ; mais il est reçu que la bonne
musique ne s'adapte qu'à de mauvais vers ; ne nous plaignons
donc pas de ceux qui sont échus en partage à M. Halévy.
   M. Halévy appartient à cette classe de compositeurs qui dédai-
gnent la mélodie facile. Ils ont une telle horreur du banal, du
lieu commun, du terre à terre, qu'ils s'en vont constamment à la
recherche de l'inconnu musical. Quand ils rencontrent un motif,
leur première crainte est que ce motif ne soit pas entièrement
nouveau, qu'il en rappelle un autre , qu'il puisse provoquer des
souvenirs et des comparaisons. De là un effort laborieux pour
transformer ou déguiser la mélodie, pour ne la présenter à l'au-
diteur qu'enveloppée d'accords, de modulations plus ou moins
étranges. Dérouter l'oreille est une de leur préoccupation. Si un
tel procédé de composition heurte les habitudes générales du