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340 LE PÈRE »E LA CHAIZE. la maison était sur le point de tomber en ruines. Le Roi, grâce à l'intervention de ce Père , la fit reconstruire plus vaste et plus commode, non pour son confesseur, comme on n'a cessé de le dire jusqu'à présent, mais bien pour les Pères Jésuites. Un jour de ebaque mois, les Révérends Pères s'y rendaient pour y respirer l'air pur et s'y délasser de leurs travaux. Plus libre qu'eux, le Père de la Chaize y allait plus souvent ; une voi- ture de la cour, attelée de quatre chevaux, ainsi le voulait sans doute l'étiquette, (1) le conduisait plusieurs fois la semaine vers sa promenade de prédilection. Il avait acheté avec les deniers de Louis XIV, non pour lui, mais pour la Société, quelques terrains enclavés dans Mont-Louis. Le Roi fit de cet enclos une fort belle résidence. Rien n'y fut oublié pour rendre délicieuse cette habitation champêtre : les bois , les prairies , les vergers , les serres, les orangeries, les jardins, les eaux jaillissantes. (2) Le Père de la Chaize avait dans cette belle habitation un pied à terre, où il recevait ses parents et un très-petit nombre d'amis, parmi lesquels Racine et Boileau. Quoique jansénistes au fond de l'âme, nos deux poètes se trouvaient avec le Révérend Père sur le pied de la plus cordiale intimité. Ils professaient pour lui la plus grande estime, et plus d'une fois ils eurent recours à lui, soit pour lui demander des conseils, soit pour obtenir des béné- fices ou des grâces. Boileau recevait fréquemment à Auteuil des visites des Pères Jésuites. Son plus grand bonheur était de louer devant eux les Provinciales, comme le plus parfait ouvrage de prose qui soit en notre langue.