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294            DE LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.

fond, du cadre le tableau. En rapportant tout ou presque tout
au climat, à la disposition des lieux, a l'organisation physique,
à la tradition antérieure, il a négligé les éléments essentiels
de la causalité historique qui sont l'homme avec sa liberté et
Dieu avec sa Providence. De causes véritables, si on veut
bien y regarder, il n'y a que celles-là.
   Trop souvent, d'un Å“il inattentif, on se contente de la
simple liaison des faits historiques pour en signaler les pré-
tendues causes. Le philosophe doit se hâter de venir redres-
ser ce jugement. Que sert de nous dire que dans les circon-
tances où Alexandre s'est trouvé, il a dû porter la monarchie
Macédonienne au point de grandeur où elle était lors de sa
mort ? La chose est par trop claire : si Alexandre n'avait pas
hérité de la domination de Philippe sur la Grèce, s'il n'avait
pas été élève d'Aristote et épris du noble amour de la gloire
et de la patrie, s'il n'avait pas commandé à une nation que
les rudes habitudes des montagnes de la Thrace avaient
rendue la plus guerrière, s'il n'avait pas eu à profiter de la
haine grecque contre les Barbares, de l'instrument stratégique
de la phalange macédonienne, de la mort du général perse
Memnon qui lui était opposé par Darius, les événements
auraient pu prendre un autre cours et l'empire d'Alexandre
ne se serait pas étendu jusqu'aux Indes. Mais, pourquoi ces
circonstances se sont-elles amassées? Pourquoi d'autres
n'ont-elles pas surgi qui pouvait donner aux événements une
direction différente? On aura quelque peine à nous persuader
que, dès le commencement du monde, les choses se tenaient
de manière à rendre impossible qu'Alexandre se noyât, en
traversant le Granique: ce qui suffisait peut-être pour laisser
vivre la monarchie des Perses. Et l'on conviendra que ce
n'était pas trop non plus un anneau inévitable de la chaîne
universelle des faits qu'une indigestion fît mourir Alexandre
à trente-trois ans, quand il n'avait pu cimenter encore son