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DE LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE. 293 restitué l'un des termes nécessaires du problème de la phi- losophie de l'histoire. La nature, une et identique au fond, semper sibi consona, selon l'expression de Linnée, varie sans doute entre de larges limites son action sur l'homme, et l'histoire s'en ressent d'une manière profonde. Depuis les déserts de neige où le Lapon attache le renne timide a son traîneau, jusqu'aux déserts de sable de l'équateur où le Nègre tremble devant les animaux, rois des solitudes, a travers ces régions de la zone tempérée où se sont formés les grands peuples, des influences diverses se manifestent, qui viennent du ciel et de la terre pour ainsi dire, qui s'incrustent a la race, qui douent les nations d'un génie spécial et qu'on re- trouve dans leur histoire, comme le tempérament de l'indi- vidu se retrouve dans la continuité des actions de notre vie. Mais, de même que le tempérament ne rend pas compte de l'homme tout entier, de même cet esprit de chaque peuple, déterminé par des impressions de la nature extérieure, n'est pas précisément ce qui produit les événements de l'histoire. Ces influences après tout se croisent avec beaucoup d'autres qui n'appartiennent pas au site et au climat et qui sont transportées a de longues distances. C'est ainsi que l'Orient a influé sur la Grèce et sur Rome. C'est ainsi que dans notre France ont pu pénétrer successivement les influences Italienne, Espagnole et Anglaise. C'est ainsi même qu'on a pu voir tout-a-coup les temps faire irruption les uns sur les autres, comme il est arrivé quand, a la renaissance, le génie de l'antiquité s'est rencontré avec le génie chrétien des modernes. De toutes ces influences qui se coalisent ou se combattent, naissent admirablement le mouvement, la variété, la richesse dramatique, la décoration pittoresque du spectacle de l'histoire. Mais, ce n'est pas la ce qui constitue le fond de l'histoire proprement dit, ni sa loi, et voici en quoi Herder, selons nous s'est trompé. De l'accident il a fait le