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288 DE LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE. passent suivant lui, par trois âges, l'âge divin, ou de la barbarie, l'âge héroïque ou de l'aristocratie et l'âge humain ou de la liberté populaire. Sous le premier paraissent les pères de famille, animés d'un esprit pieux et poétique, qui se met partout en quête des Dieux ; sous le second éclatent les mœurs rudes et violentes des patriciens ou de ce que Vico appelle les héros, qui croient à une sorte de divinité de leur race, qui proclament un droit issu de la force et superstitieusement attaché à la solennité des formules, et qui établissent des gouvernements durement aristocratiques; sous le troisième âge enfin fleurissent les gouvernements populaires, et avec eux l'équité naturelle, la culture des lettres, l'indulgence des mœurs , la règle pacifique de la conscience, de la raison et du devoir. Seulement, ces gou- vernements populaires ou démocratiques si beaux sont su- jets eux-mêmes a dégénérer ; la licence les gagne ; ils amè- nent alors comme moyen de salut la concentration du pouvoir dans les mains d'un seul ou la monarchie, et ils peuvent encore subsister sous cette forme. Mais si la monarchie à son tour se corrompt, si elle tourne à la tyrannie, si les peuples, démoralisés par le luxe, la mollesse, l'égoïsme, la lâcheté, ont contracté les vices des esclaves, et qu'il ne se trouve point une nation meilleure a portée de les réduire justement sous son joug, en ce cas il ne reste plus au cycle historique qu'à se rouvrir et h recommencer. Dans les con- vulsions des guerres civiles et de l'anarchie, le peuple, aban- donné de la vie morale, se dissout. La barbarie reprend son empire sauvage sur les villes en cendre et les champs en friche. Le système des trois âges va se dérouler de nou- veau. Cette roue qui tourne sans fin, c'est la loi de l'histoire qui, selon Vico, serait trouvée. L'erreur de ce système saute aux yeux. Si Vico a beau- coup d'admirateurs, en revanche il ne compte guère de par-