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76                     LE MONT-CASSIN.

contours. A la vue de cette admirable statue qui semblerait
 devoir éveiller des images voluptueuses, toute idée sensuelle
s'efface cependant pour ne laisser place qu'à l'admiration.
Le jour qui descend du haut de la rotonde glisse sur ce
beau corps de femme comme un voile de chasteté mysté-
rieuse. Malgré la complète nudité de la déesse, la pose est
tellement décente, qu'on oublie cette particularité que nous
regarderions comme un attentat aux mœurs. Mais à Rome,
fille d'Athènes, patrie des arts, on a d'autres idées, d'au-
tres manières de voir qui ont bien leur valeur ! La perversité
ne peut exister où l'amour du beau l'emporte.
   Ce serait l'occasion de comparer la statuaire antique et la
statuaire moderne, en prenant pour types de comparaison
l'Apollon du Belvédère et le Moïse de Michel-Ange. La vue
de l'Apollon rappelle le génie de l'homme inspiré par un
ciel d'une pureté incomparable , par de beaux types et
dégagé de toute idée religieuse. L'Apollon du Belvédère
marche, respire ; son attitude est celle de l'homme s'em-
parant de l'espace comme de son domaine naturel. Nulle
pensée soucieuse ne ride son front. Nul pli n'altère ses traits,
où la force , la beauté , la jeunesse régnent avec un égal
empire.
   Le Moïse de Michel-Ange, au contraire est assis ; la droite
nerveuse du grand législateur s'appuie sur le livre de la loi;
sa main gauche négligemment repliée sur ses genoux et
retenant un des plis de sa tunique traduit dans un vivant
langage la force et la confiance. Ce torse puissant rappellerait
assez la pierre angulaire d'un édifice colossal qui doit défier
le ravage des siècles. Et si nous remontons à cette noble
tête qu'il porte si droite et si méditative, vainement on inter-
rogera ce regard enseveli dans des orbites profondes ; vai-
nement on considérera ce front droit, proéminent dans sa
partie supérieure, siège des facultés créatrices de l'homme,