Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
3G                    LE PÈRE DE LA CHAIZE.
trompé, et ardent à réparer le mal que la tromperie lui avoit
fait faire. »
   Saint-Simon, dont le témoignage est surtout précieux, puis-
qu'il était janséniste, fait du Père de la Chaize le plus bel éloge.
Il cite même avec complaisance plusieurs traits du confesseur du
roi, qui révèlent sa rare droiture et son^rand amour de la justice.
   En voici un entre autres :
   L'abbé de Caudelet, gentilhomme breton, ayant été nommé à
l'évêché de Poitiers, fut calomnié avec tant d'adresse auprès du
Père de la Chaize, que ce dernier, pour mettre à couvert sa res-
ponsabilité, raconta tout au roi. L'évêque fut destitué. « Son
frère cependant, ajoute Saint-Simon, éclaircit la scélératesse et
prouva si nettement la fausseté de tous les allégués, que le Père
de la Chaize qui était bon et droit, fit tout ce qu'il put pour
obtenir un gros évèché à l'abbé de Caudelet ; mais le roi tint
ferme, jusque-là qu'ils en eurent des prises lui et son confesseur,
à qui il reprocha qu'il était trop bon, et l'autre au roi qu'il était
trop dur, et qu'il ne revenait jamais. 11 ne se rebuta point, et,
tant qu'il a vécu, il a souvent fait de nouveaux efforts, mais tous
aussi inutiles (1). »
   Voici deux lettres que peu de temps après son arrivée à la
cour, le Père de la Chaize écrivit au Général de sa compagnie.
Elles nous font connaître en quelle situation il se trouvait déjà
auprès du roi.
                                  * (Sans désignation de lieu) 3 mai 1675.
       Mon Très-Révérend Père (2),
     Il y a plus de deux semaines, le roi Très-Chrétien a reçu de
   (1) Le roi avait sans doute de graves motifs pour ne pas accéder à la
demande du Père de la Chaize. Jamais prince ne se montra plus juste,
plus équitable que Louis XIV. Les paroles échangées entre le monarque
et son confesseur, et que cite Saint-Simon, se reproduisirent plusieurs fois
et dans les mêmes termes. Elles prouvent et la généreuse liberté du Père et
la grande indulgence du roi, précisément le contraire, sur un point, du
sens que leur attribue Saint-Simon.
  (2) NOTA. Les lettres qui seront précédées d'un astérisque ont été tra-
duites du latin par l'auteur de cet essai.