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A l'époque dont je parle, le fort de Napoléon était
à peine installé sur les sommets de Souk-et-arba. Ce
n'était donc pas sans quelques difficultés 'que les pékins
pénétraient dans ce pays exclusivement occupé par
l'armée.
Je pris le parti le plus sage en pareil cas : c'était d'aller
en voiture publique jusqu'Ã Dra-el-mizan, route de Delys,
caravensérail, situé dans lajplaine du Sebaou, près duquel
un marché considérable se tenait toutes les semaines.
Les marchés arabes ont été décrits trop souvent par
des plumes plus autorisées que la mienne pour que je dé-
peigne ce qui a été si souvent illustré par la gra-
vure, la peinture et la prose d'écrivains distingués.
Cependant ces grandes réunions d'hommes et de bêtes
sont si pittoresques, qu'il y a toujours à glaner et que
l'observateur y découvre toujours un petit coin nouveau.
Les impressions de l'âme sont plus ou moins influencées
par l'iihagination, même devant la réalité des choses;
ainsi, j'étais avec un compagnon de route qui ne compre-
nait pas que je pusse trouver quelque poésie en face de
sales Bédouins, se roulant au soleil dans la poussière et
poussant devant eux des troupeaux de chameaux, chargés
de denrées, en face de jeunes hommes nus, montés sur des
chevaux aussi vigoureux et aussi beaux que leurs cava-
liers, rassemblant des troupeaux de bœufs et de moutons
qui couvraient plusieurs hectares de terrain. Plus loin
des médecins-chirurgiens arabes exerçant leur profession
en plein air, accroupis au pied d'un palmier et entourés
de leur suite, ils prenaient la tête de leurs clients entre
leurs genoux, les saignaient à la tempe, et lorsqu'ils ju-
geaint la saignée suffisante, ils ramassaient une poignée
de poussière, l'appliquaient sur la plaie et leur mettaient
leur fez par dessus, comme obturateur définitif. J'assis-