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RENÉ DE LUCINGE 389
barque légère, fond à l'improviste sur un des vaisseaux
de la flotte ennemie, et avec une trentaine de courageux
soldats, extermine les marins laissés à sa défense ; un
affreux carnage a lieu ; de nouvelles forces arrivent, Phi-
libert reprend courage et fait des prodiges de valeur.
Les forbans voient fuir la victoire ; ils sont chassés du port
et de la citadelle .'Tout à coup un forban d'une force ex-
traordinaire combat corps à corps avec le duc de Savoie ;
si le prince est plus adroit, le géant est plus fort. Occhioli
s'aperçoit que Philibert chancelle, son bras lève son ci-
meterre, et la tête du corsaire vole dans la mer. Le prince
ne peut en croire ses yeux ; quel est donc le généreux
ennemi qui vient de lui sauver la vie '? La nuit enveloppe
de ses ombres les horreurs du combat ; la mer est rouge
de sang; les hommes, dans les deux camps, tombent dans
l:-s flots et y trouvent la mort. Le duc de Savoie se retire
avec de nombreux prisonniers ; René est entraîné dans
le nombre. Ses vœux sont exaucés ; il est conduit au châ-
teau et enfermé dans une tour ; mais le généreux Phili-
bert veille sur lui, et dans la nuit il vient se jeter dans
ses bras. Quel est l'étonnement du prinûe, lorsqu'à la
clarté d'une pâle lumière il reconnaît le héros ennemi.
— Monseigneur, dit René, ma destinée est accomplie.
Je ne suis plus dans vo^re disgrâce, et j ' a i conservé vos
jours aux dépens des miens. Dès cet instant, je cesse
d'être chef des pirates, et je n'aspire qu'à rentrer à Malte.
ma seconde patrie. Je n'ai à demander à Votre Seigneurie
qu'une grâce, celle d'une entrevue de quelques instants
avec la duchesse Marguerite.
Quelques auteurs ont assuré que Philibert ne se douta
jamais de la passion du chevalier de Lucinge ; d'autres
que, connaissant son secret, il n'en parla jamais à Mar-
guerite.