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HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LYON. 439 paroles, le nom de lois (1). Mais à qui la félicité d'un jour peut-elle donner une élévation supérieure à l'humanité? Voila que de tout ce faste il reste moins qu'une ombre! Que cette superfluité de richesses a passé, et, avec tant de biens, les maîtres eux-mêmes! De ces monarques glorieux, dont le règne est d'hier, on ne parle déjà parmi nous que comme d'un rêve ; tout leur superbe appareil, qui était là , gît à cette heure dans le néant (2). » Eucher laisse tomber aussi, en passant, quelques observa- tions tristes sur la brièveté de l'existence. Ce sont peut-être les endroits les mieux écrits de tout son livre. « Nos pères, dit-il quelque part, ont disparu d'abord, nous nous en irons à notre tour ; nos neveux suivront. De même que, venant du large et se suivant Tune l'autre, des vagues se brisent aux écueils avancés du rivage, de même aux bornes de l'éternité échouent successivement tous les âges (3). » Ce gémissement n'est pas nouveau; on le trouve dans la bouche de Job. Il est curieux de comparer la forme dont Eucher l'a revêtu avec celle que le pinceau magistral de Dante lui donne dans ces deux tercets si mélancoliques de son Enfer : « Comme en automne les feuilles se détachent l'une après l'autre, jusqu'à ce que l'arbre voie à bas sa dépouille entière ; ainsi la postérité fatale d'Adam se précipite du rivage, âme après âme, à chaque signal du nocher, telle qu'une troupe d'oiseaux à tous les appels de l'oiseleur (4). » - (1) Eorum voluntatis jura hominum, eorum verba, leges appellabaniur. (2) Omnia Mo quœ hic erant magna, modo jam nulla sunt. (3) Vclut ex alto undarum jactus, aliis atque aliis supervenientibus, in litloris extrema franguntur ; ita in lerminum mortis succiduœ allidunlur œtates. (4) Corne d'autumno si levan le folie, L'una apprcsso del altra, alfin che il ramo