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LETTRES BADOISES. Ml) Nous nous acheminâmes vers la petite maisoH. Un instant après nous reçûmes les bagages ; ils consistaient, principale- ment, en une immense caisse; la, dormait, couché sur une meule de foin, l'excellent cor que Sachs a confectionné avec amour pour l'incomparable corniste, pour le magicien qui a révélé au monde la puissance cachée dans cel instrument sj merveilleux, lorsque le souffle de Vivier l'éveille : qui pourrait comme le cor d'Oberon, exalter, ravir et mettre en danse, toute une armée de rois et de paladins. Mais, par quel caprice, cet artiste, si capable d'agiter ou d'apaiser les foules, n'a-t-il joué jusqu'à présent que devant un public de têtes couronnées ; roi de Prusse, roi de Hanovre, grand Sultan, empereur de toutes lesRussies, grands et petits ducs de la haute et de la basse Allemagne. Quelque satisfaction maligne qu'un simple mortel puisse éprouver, à faire poser devant soi, à son par- terre, la foule étonnée des vieux diplomates, qui, ordinaire- ment ne s'étonnent guère ; et aux premières loges, les illustres et non illustres en question, je voudrais, te voir, ô prodige, avec la conscience de ta mission sociale, consoler, éveiller et adoucir les masses populaires ; comme un nouvel Orphée dompter les lions, et bâtir, a son de cor, les palais enchantés du bonheur. Les vieux diplomates qui t'écoutent, ne savent pas, eux qui savent tant de choses, quelle action bienfaisante la musique, avec un grand artiste comme toi, pourrait exercer sur la race humaine. Quel monde de senti- ments et de passion ne nous ouvre-t-elle pas, sa musique? et quels accents sortent de son cor? Tantôt ce sont des soupirs plus doux que ceux d'une flûte au mois de mai, sous le balcon de Juliette ; tantôt il égale la puissance d'un chœur où chan- teraient les voix surnaturelles des esprits. Lorsqu'il murmure è mezza voce, la chanson d'amour du chasseur, l'âme est inondée des plus suaves réminiscences. Notre printemps perdu refleurit, notre premier amour se relève du tombeau où il