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362 LETTRES BADOISES.
nerveuses bientôt comprimées, viennent-elles trahir l'angoisse
ou la joie intérieure. Ils arrivent, avec la hâte el la préoc-
cupation du libertin qui se glisse dans un mauvais lieu ; ils
en sortent la rougeur au visage. Peut-être sur quelques-uns
entendez-vous sonner les pièces d'or, ceux-là ont eu le malheur
de gagner; fuyez, malheureux! il vaudrait mieux que vos
poches fussent pleines de serpents à sonnettes ! Le plus sou-
vent elles sont vides ; les insensés ne rapportent que ruine,
honte el déshonneur. A ceux-là , M. Benazet qui est un ga-
lant homme, fait hommage d'une place gratis au chemin de
fer. Oh ! il esl bien nommé ce chemin de Bade; c'est bien
par le chemin de fer de la misère qu'ils s'en retournent après
être venus par le chemin d'ivoire des songes heureux.
Ce qui m'a bien étonné, Monsieur, c'est de voir lanl
d'hommes instruits et lellrés, lant d'arlisles de talent, lanl
de grands seigneurs chargés de fortune et d'importants em-
plois, s'arrêler une partie de l'été à Baden-Baden, sous pré-
texte de prendre le bon air et les eaux ; mais, en réalité, pour
passer les nuits à ce brelan du grand genre el y laisser leurs
plus belles plumes, les bons louis d'or, les belles guinées, les
solides thalers el autre monnaie cosmopolite qui change vo-
lontiers de mains. Quoi ! ces hommes n'ont pas trouvé un autre
passe-temps plus ingénieux que celui-ci ? Ah! Monsieur, j'en ai
honte pour l'espèce humaine ; il y a des moments où elle esl
vraiment bêle. Ce n'est pas que les eaux de Bade ne soien t très-
salutaires, « mais, comment voulez-vous que leur réputation
perce jusqu'en France, et que les cinq ou six mille baigneurs
qui les fréquentent chaque année avec leurs habitudes de
malades modestes et silencieux, dominent le bruit des qua-
rante mille personnes qui y viennent chercher du plaisir ! »
me disait avec la franchise suisse, le bon et habile docteur
Brumm.
Que je voudrais faire partager à tous ceux qui mettront