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2C4 HISTOIRE DE CHARLIEU.
tants eussent dorénavant à venir y vendre et acheter. Ceux-ci,
armés de leur charte, qui n'autorisait pas une pareille préten-
tion , refusèrent de s'y soumettre. De là conflit, jugement, etc.
A la fin, les parties choisirent pour arbitre leur voisin Humbert
de Beaujeu, connétable de France, et cela avec l'agrément du roi.
Cet arbitre rendit son jugement en 4278, et donna encore raison
aux bourgeois, déclarant que ces derniers resteraient en droit de
vendre et d'acheter dans leur propre maison, nonobstant la pro-
clamation du prieur : « Quod dieti burgenses sint in saisina ven-
dendi et emendi in locis, stallis et operatoriis suis, non obstante
preconizatione predicta, in qua fuerant ante preconizationem pre-
dictam (1). »
En présence de pareilles tracasseries, renouvelées à tout pro-
pos et à tout moment, on comprend de reste l'irritation des
bourgeois, qui déjà souffraient avec peine la domination des
moines en elle-même, se sentant plus aptes que ceux-ci à gérer
leurs propres affaires. L'administration ecclésiastique, en effet,
quelque bonne volonté qu'elle ait, quelque bienveillante qu'elle
soit, est radicalement incapable de bien gouverner des po-
pulations laïques ; c'est ce que prouverait, au besoin, ce qui se
passe en ce moment dans les Etats de l'Eglise , où le premier
peuple de la terre est descendu au dernier rang, et où cepen-
dant , malgré sa bonté, le pape ne pourrait rester un seul jour
sans les baïonnettes étrangères. Il n'est pas moins absurde, Ã
mon sens, de faire administrer des laïques par des ecclésias-
tiques , qu'il ne le serait de faire administrer l'Eglise par des
laïques.
Si l'on en croit le récit des moines, le seul que nous ayons, la
lutte aurait commencé, à Charlieu, par un acte d'ingratitude des
bourgeois envers le prieur Bernard, qui gouverna le monastère
vers l'année 1240 (2). Leur factum nous apprend, en effet, que
(1) Olim, t. II, p. 119.
(2) Nous n'avons pas la dalc précise du gouvernement de ce prieur, qui
ne figure pas sur la liste fort incomplète donnée par M. Desevelinges. Mais,
d'après les détails consignés dans le mémoire des moines, je pense qu'il