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220 DE LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE. de mettre un voile sur la statue de la Vérité , l'adoption de cette forme vaporeuse, de cette brume poétique, de cette nuée fulgurante de l'inspiration que Ballanche a affectionnées et qui font l'originalité de sa manière, nous paraissent moins encore un caprice littéraire assez futile qu'un indice certain de l'inconsistance du fond des opinions. N'allons pas cependant à des conclusions trop sévères, en risquant de froisser les justes sympathies qui s'attachent, parmi nous, à un nom cher aux lettres et a la cité. Ce qui restera a nos modernes essais de palingénésie, c'est le mé- rite d'une foi toujours noble au progrès ; c'est le mérite en- core d'avoir, par l'idée persistante de l'épreuve et de l'expia- tion, donné au roman de nos destinées une forte empreinte morale et d'y avoir au moins maintenu les droits de l'indi- vidualité humaine, envers laquelle les faiseurs de systèmes humanitaires ne montrent pas d'ordinaire autant d'égards. Mais, de science proprement dite, de science de la philoso- phie de l'histoire , il est évident que ce n'est pas dans ces poèmes de la rêverie mystique qu'on peut la trouver. En nous rapprochant davantage de l'orthodoxie, nous rencontrerions la Philosophie de Vhisloire de Frédéric de Schlegel, livre où la folle brise du mysticisme se joue encore, mais où l'on sent néanmoins qu'on n'est plus sous la même latitude, et où vous arrive un souffle des frais parfums de la terre.- L'histoire est abordée directement par Schlegel. 11 la prend non dans le récit des événements, mais dans l'analyse sa- vante du génie des peuples et des époques ; il s'attache à réunir, dans le cadre d'un système, des tableaux particuliers brillamment colorés qui offrent la peinture fidèle, quoique un peu quintessenciée, du développement de l'histoire. Schle- gel ne s'est pas contenté du dogme chrétien de la chute et de la réhabilitation énoncé comme une allégorie ou comme