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de son adversaire, et la prétendue subornation du savetier, qu'il
fut impossible de prendre des conclusions contre lui; enfin, c'est
que Rousseau, qui n'avait pas pour lui le préjuge public, fut assez
mal conseillé pour accuser Saurin d'être non-seulement le distri-
buteur, mais encore l'auteur des couplets, ce qui était douteux i
aussi, cette partie de l'accusation fut-elle refutée par Saurin avec
de grands avantages.
Son innocence étant déclarée , Saurin attaqua le savetier qui
futcondamné à trois ans debannissement dans la banlieue de Paris.
D'un autre côté, la cabale puissante qui soutenait Saurin , ayant
mis tout en œuvre auprès de Daguesseau, procureur-général,
pour le déterminera se porter partie contre Rousseau, elle eut
le triste bonheur de réussir (1).
Poursuivi comme auteur et distributeur de vers impurs, satiri-
ques et diffamatoires, comme auteur de mauvaises pratiques em-
ployées pour faire réussir l'accusation calomnieuse intentée par lui
contre Saurin, Rousseau, prévoyant le sort qui l'attendait, prit
le parti de s'exiler lui-même. Dès les premiers jours d'avril 1711,
il quitta Paris et il se retira à Soleure, où M. le comte du Luc,
ambassadeur de France en Suisse, lui fit la plus amicale des ré-
ceptions. Pendant son absence, Rousseau fut jugé et condamné,
par arrêt du Parlement, en date du 7 avril 1712, à être banni Ã
perpétuité du royaume, et il lui fut impossible de faire purger sa
contumace (2).
(1) À la tête de cette cabale était l'abbé Bignon , fondateur du Journal des sa-
vans, et contre lequel Rousseau avait fait l'épigramme qui commence par ces
vers :
Chrysologue toujours opine,
C'est le vrai grec de juvenal ;
Tout ouvrage, toute doctrine
Ressortit à son tribunal.
(2) L'auteur des Querelles littéraires fait, en parlant du jugement rendu contre
Rousseau, la singulière observation qui suit ;
« Pour que le jugement porté contre Rousseau soit juste, ne suffit-il pas
« qu'accusateur de Saurin, il n'ait pu prouver son accusation ? Si Arflould f u t