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Le peintre Autreau fut celui-de tous les personnages nommés
dans ces couplets , qui eul le courage de relever le gant. Blessé
à fond, il se hâta de prendre la plume, et il lança contre Rous-
seau une chanson dans le genre de ces complaintes qui se chan-
taient d'ordinaire sur le Pont-Neuf, aux jours de grandes exécu-
tions criminelles. Cette pièce , qui fit la plus vive peine à Rous-
seau, est peu connue aujourd'hui : nous la transcrivons ici toute
entière.
Or, écoutez petits et grands,
L'histoire d'un ingrat enfant,
Fils d'un cordonnier, honnête homme,.
Et vous allez apprendre comme
Le diable , pour punition ,
Le prit en sa possession.
Ce fut un beau jour, Ã midi,
Que sa mère au monde le mit;
Sa naissance est assez publique,
Car il naquit dans la boutique,
Dieu ne voulant qu'il pût nier
Qu'il était Gis d'un cordonnier.
Le père, n'ayant qu'un enfant,
L'éleva très-soigneusement :
Aimant ce fils d'un amour tendre ,
Au collège il lui fit apprendre
Le latin comme un grand seigneur,
Tant qu'il lé savait tout par cœur.
 peine eut-il atteint quinze ans,
Qu'il renia tous ses pareils;
11 fut en Suéde , en Angleterre ,
Pour éviter monsieur son père ;
Plus traître, plus ingrat, hélas ,
Que ne fut le Rousseau Judas !
Pour s'introduire auprès des grands ,
Fit le flatteur, le chien couchant;
Mais, par permission divine ,
Il fut reconnu à la mine,
Et chacun disait, en tous lieu^ : ,,
Que ce flatteur est ennuyeux!
El pour faire le bel esprit,