Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                                       360
    C'est le propre des mécnàns dé répondre aux plaisanteries,
même les plus légères, par la diffamation et la calomnie. Nous
le demandons à toutes les personnes de quelque bon sens: y a-
t'il la moindre parité entre l'attaque de Rousseau et la défense
d'Autreau? de quel côté est la noirceur, de quel côté est l'infa-
mie ? (1 ) Pour humilier son adversaire, Àntreau commence
d'abord par lui reprocher sa naissance; il lui reproche ensuite
d'avoir renié tous ses parens dès l'âge le plus tendre ^ d'être allé
en Angleterre et en Suède pour éviter la présence importnue
de son père. Ce n'est pas tout; selon la complainte, Rousseau
se trouvant un jour, dans une grande maison ^ où il se parait
d'un nom supposé, son père vient pour en chausser le maître.
Mon fils ! s'écrie , avec transport, le bon cordonnier! et le fils de
s'enfuir aussitôt. La complainte fait ensuite vomir à Rousseau
des serpens et des vipères chez Francine et chez l'abbé Pic ; puis

  (t) Il y a beaucoup à rabattre des reproches de méchanceté adressés à Rousseau.
Si l'on ne peut pas dire que ce fut un homme parfaitement bon, on est forcé
d'avouer aussi que les gens auxquels il avait affaire étaient mille fois plus mé-
dians que lui, et que s'il lui arrivait de donner un coup à'c'pingle, on lui répon-
dait par un coup de poignard.
   En 1705, Roussean fit une ode sur la naissance du duc de Bretagne , dont la
dernière strophe , que voici, était dirigée contre Lamotte .
                      Si, pourtant, quelqu'esprit timide,
                      Du Pinde ignorant les détours
                      Opposait les règles d'Euclide
                      Au désordre de mes discours ;
                      Qu'il sache que , sur le Parnasse ,
                      Le Dieu, dont autrefois Horace
                      Apprit à chanter les héros,
                      Préfère ces fougues lyriques
                      A tous les froids panégyriques
                      Du Pindare des Jeux Floraux.
   Cette strophe peut bien être regardée comme un véritable coup d'épingle. La-
motte, le bon Lamotte y répondit pourtant par une ode très-perfide sur le mé-
rite personnel, où la naissance de Rousseau était malignement rappelée, et dans
 laquelle il était représenté , à la vérité d'une manière indirecte, sous les traits
 d'un flatteur, d'un traître, d'un calomniateur, d'un cynique, d'un fourbe, d'un
infâme. Voltaire regardait cette ode comme \,yès,-philosophique : il faut croire qu'il
 plaisantait, ce qui lui arrivait souvent.