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Se mit à coucher par écrit,
Des opéras, des comédies,
Des chansons pleines d'infamies,
Chantant des ordures en tous lieui,
Contre les serviteurs de Dieu.
Un jour , en honnête maison ,
Il se vernissait d'un faux nom,
On l'honorait sans le connaître :
Son père vient chausser le maître,
S'écrie, en le voyant, mon fils!
Aussitôt le coquin s'enfuit.
Aussitôt, entra dans son corps ,
Le diable nommé Coitpletgor,
Son poil devint roux, son œil louche ,
Il lui mit de travers la bouche,
Et, de sa bouche de travers,
Sortaient des crapauds et des vers.
Un jour, chez monsieur Francinoîs, (1)
Il y vomit, tout a la fois,
Des serpensavec des vipères
Tous couverts d'une bile noire ,
Et, chez monsieur l'abbé Piquant, (2)
Il en a vomi tout autant.
Vous, père et mère, honnêtes gens,
A qui Dieu donne des enfans,
Gardez-vous bien qu'il ne les approche,
Vous en recevriez du reproche ;
Il les rendrait, pour votre ennui,
Tout aussi scélérats que lui.
Or, prions le doux rédempteur
Qu'il marque au front cet imposteur ,
Afin qu'on fuie ce détestable ,
Comme le précurseur du diable,
Car Nostradamus a prédit
Qu'il doit engendrer YAnte-Christ..
(1) M. Franclne , alors, directeur de l'Opéra , et contre lequel Rousseau a fait
l'ingénieuse allégorie de l'Opt'ra de Naples.
(2) L'abbé Pic, auteur de quelques opéras médiocres, et qui est l'objet de
quelques-unes des épigrammes de Rousseau*