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299 MESSIEURS, « Lorsque vous me fîtes l'honneur de m'admettre dans votre « dernière assemblée, quelque envie que j'eusse de vous exprimer < « ma reconnaissance, je crus que vos usages , conformes à ceux « de l'Académie dont j'ai déjà l'honneur d ' ê t r e , m'imposeraient « silence et m'obligeraient de renfermer en moi-même mes sen*- « timens. Ce respect me fit écouter avec confusion un compli- « ment si flatteur, que j'avais peine à croire qu'il s'adressât « à moi. « Je devais, en effet, d'autant moins m'y attendre, que Ce n'é- « tait, dans une pareille occasion, qu'à moi seul à me féliciter. « Qu'avez-vous à attendre de m o i , messieurs, et que vous puis-je " a p p o r t e r , si ce n'est un nom illustre, à la v é r i t é , mais dont la « gloire même fait ma h o n t e , lorsque je considère combien je « suis éloigné de la soutenir ? Pour m o i , je vous aurai toujours « l'obligation infinie de m'admettre à ces savantes assemblées qui « rallumeront en moi l'amour des lettres , mes premières délices. « Fatigué justement de ces occupations si stériles à l'esprit, aux- « quelles je suis contraint de me livrer tous les j o u r s , je pour- « r a i , du moins , une fois la semaine > venir me reposer parmi • vous , c'est-à -dire , dans le sein des Muses , et leur rendre cette < « légère partie d'un temps qui leur fut consacré dès ma naissance, « et qui leur serait encore entièrement dévoué, si javais été le « maître d'en disposer. La fortune ne m'a point voulu accorder « cette heureuse liberté. Je me suis plaint d'elle avec justice, « lorsqu'aprèsm'avoir arraché à mes premières occupations , elle « m'a fait errer long-temps de province en province. J'oublie lou- « tes ses rigueurs passées depuis qu'elle m'a enfin conduit dans « une ville q u i , par les liens sacrés qui m'y attachent, est deve- « nue pour moi une seconde p a t r i e , et qui me devient encore « plus chère , depuis que vous voulez bien me recevoir dans votre « illustre compagnie, me communiquer vos lumières et me rap- « procher de ces Muses que j'avais presque perdues de v u e , quoi- « que mon cœur n'en fût jamais séparé. > » Pestalozzi répondit en très-peu de mots à Louis Racine , et lui