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              MESSIEURS,

     « Lorsque vous me fîtes l'honneur de m'admettre dans votre
 « dernière assemblée, quelque envie que j'eusse de vous exprimer
  <
 « ma reconnaissance, je crus que vos usages , conformes à ceux
 « de l'Académie dont j'ai déjà l'honneur d ' ê t r e , m'imposeraient
 « silence et m'obligeraient de renfermer en moi-même mes sen*-
 « timens. Ce respect me fit écouter avec confusion un compli-
 « ment si flatteur, que j'avais peine à croire qu'il s'adressât
 « à moi.
    « Je devais, en effet, d'autant moins m'y attendre, que Ce n'é-
 « tait, dans une pareille occasion, qu'à moi seul à me féliciter.
 « Qu'avez-vous à attendre de m o i , messieurs, et que vous puis-je
 " a p p o r t e r , si ce n'est un nom illustre, à la v é r i t é , mais dont la
 « gloire même fait ma h o n t e , lorsque je considère combien je
 « suis éloigné de la soutenir ? Pour m o i , je vous aurai toujours
 « l'obligation infinie de m'admettre à ces savantes assemblées qui
« rallumeront en moi l'amour des lettres , mes premières délices.
« Fatigué justement de ces occupations si stériles à l'esprit, aux-
« quelles je suis contraint de me livrer tous les j o u r s , je pour-
« r a i , du moins , une fois la semaine > venir me reposer parmi
• vous , c'est-à-dire , dans le sein des Muses , et leur rendre cette
 <
« légère partie d'un temps qui leur fut consacré dès ma naissance,
« et qui leur serait encore entièrement dévoué, si javais été le
« maître d'en disposer. La fortune ne m'a point voulu accorder
« cette heureuse liberté. Je me suis plaint d'elle avec justice,
« lorsqu'aprèsm'avoir arraché à mes premières occupations , elle
« m'a fait errer long-temps de province en province. J'oublie lou-
« tes ses rigueurs passées depuis qu'elle m'a enfin conduit dans
« une ville q u i , par les liens sacrés qui m'y attachent, est deve-
« nue pour moi une seconde p a t r i e , et qui me devient encore
« plus chère , depuis que vous voulez bien me recevoir dans votre
« illustre compagnie, me communiquer vos lumières et me rap-
« procher de ces Muses que j'avais presque perdues de v u e , quoi-
« que mon cœur n'en fût jamais séparé. >          »
   Pestalozzi répondit en très-peu de mots à Louis Racine , et lui