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266                       BIBLIOGRAPHIE.


                          Le Grand-Père.
       Il vivait pauvre, seul, sans amis, sans famille.
       Avec le dernier fils de sa petite fille.
       Frêle enfant qu'autrefois il avait pris mourant,
       Sur le lit où la mère était morte. Cet homme
       Etait très-vieux, très-doux, très-bon, très-triste, et comme
       Il avait travaillé toujours très-ignorant,
       Plus courbé, plus usé, par sa longue misère
       Que par ses ans, n'ayant jamais le nécessaire,
       Pleurant ceux qu'il aimait, tous tombés avant lui,
       Ce vieux sur ce petit concentrait sa tendresse,
       Et c'était son bonheur, sa joie et son ivresse,
             Son espérante et son appui.

       Dans la naïveté des âmes ingénues,
       La colère et la peur leur étant inconnues,

       Us vivaient l'un par l'autre heureux, calmes et fiers.
       Et chaque jour, le long de la rivière, gaule
       En main, sueur au front, la corde sur l'épaule,
       Ils traînaient leur baieau-vivier, où les pêcheurs
       Déchargeaient tour à tour leurs filets et leurs nasses.
        Le métier est mauvais, rude et plein de menaces,
       Le vent, le froid, le chaud, les brouillards, les fraîcheurs,
       Tout leur était danger, chute, accident, naufrage;
       Mais ils n'y pensaient pas. « Allons, petit, courage ! »
       Criait le vieux. L'enlant qui tirait bravement
        Chantait. Un soir brumeux, grosse étant la rivière,
       Le vieux broncha. L'enfant ,1a tête la première,
             Roula dans le gouiïre écumanl.

       La nuit était fort sombre et le flot très-rapide ;
       On ramena le vieux brisé, presque stupide j
       Au matin seulement on retrouva l'enfant.
       Le grand-père rentra comme ceux qu'on exile
       Dans la vie : il n'avait plus de pain, plus d'asile;
       Mais c'était un de ces tendres cœurs que tout fend,
       Blesse, torture, et qui, malgré leur épouvante,
       Du mal gardent la foi, cette force fervente.
       Il ne se plaignit pas lorsqu'il recommença,
       Seul ei plus faible encor sa lâche journalière;
       Il disait, enjoignant ses deux mains en prière :
             « Que voulez-vous, c'est comme ça ! »

   Je ne puis tout citer, je ne puis tout extraire, car mon
choix s'embarrasse entre tout ce qui m'attire dans ce livre.
Ce petit poème achevé dans sa simplicité navrante fait
partie d'une suite, Les vieilles Gens, dont il n'est pas le
seul bijou. Je voudrais citer encore le Départ, que précède
une touchante dédicace. Le Départ, ce début magistral d'un
livre où il n'y a rien qui ne soit bon, malgré quelques