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300            DOCUMENTS SUR NICOLAS BIDAULT

s'expliquer ainsi : à l'inverse de tant d'autres artistes, sculp-
teurs ou peintres, ses contemporains, qui, partisans des
voyages et naturellement portés aux aventures, cherchèrent
ailleurs, et souvent à l'étranger, le succès et la renommée
que parfois ils trouvèrent en chemin, — « Nul n'est pro-
phète dans son pays, » dit le proverbe, — Bidault, resta
simplement confiné dans les murs de sa ville natale, ou
tout au moins présumée telle, n'ambitionnant sans doute
d'autre honneur que celui de contribuer à sa décoration et
à son embellissement. On conçoit dès lors qu'en face de ce
détachement volontaire des intérêts mondains et dans de
pareilles conditions d'effacement, la fortune ne soit pas
venue visiter cet homme modeste, replié sur lui-même, et
que l'éclat de la gloire troubla médiocrement ; cependant
elle le toucha de son aile. C'est que, s'il faut en croire la
parole du poète, la capricieuse femelle ne prodigue d'ordi-
naire ses faveurs qu'aux audacieux ; or, l'existence de
l'honnête Bidault s'écoula, en grande partie, dans la soli-
tude et le silence de son atelier du quartier Saint-Clair ; il
resta donc à peu près étranger aux bruits extérieurs, et sans
autre préoccupation que celle de la pratique de son art, qui
le faisait vivre ainsi "que sa famille. D'après cela, il est clair
(et on en aura plus loin la preuve) que si l'artiste ne con-
nut pas la misère, il côtoya du moins la pauvreté.
   Certes, Nicolas Bidault fut loin d'être un maître dans la
haute acception du mot; mais, s'il ne prima dans son
genre, il tint à coup sûr un rang distingué, puisque, après
tout, il était sculpteur du Roi. Quand et comment cette dis-
tinction justement enviée lui arriva-t-elle? C'est ce que je ne
saurais dire. Le bonhomme Jean de Bombourg a consacré
à Bidault quelques passages de son petit livre ( i ) . Le nom

  (i) Les tableaux et Us statues de Lyon, au XVII1 siècle, par I. de Bom-