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LES ALFS DANS LE NORD 237 l'attire, et le poids du corps ravi cédant à la pesanteur vient en aide à la méchante. » (1) En plusieurs parties de l'Allemagne, le peuple met encore sur le compte des Alfs d'assez maussades plaisanteries : il s'imagine que le mauvais rêve est produit par un alf ou, comme il prononce, un alp. Ce très malin esprit, pendant que vous dormez, pénètre dans votre appartement, se glisse sous vos draps et, se plaçant sur votre poitrine, y chevauche ou s'y pelotonne, selon le but qu'il se propose. Veut-il jeter dans votre imagination l'idée de mouvement, vous amener à croire, par exemple, que vous êtes porté sous une voûte qui se referme derrière vous, ou précipité dans un gouffre lugubre, incommensurable, il chevauche ; veut-il au contraire, donnant à votre esprit l'illusion de l'immobi- lité, vous troubler au point de vous faire penser que vos pieds, comme attachés à la terre, se refusent à toute action, quand la gueule haletante d'une bête féroce est sur le point de vous atteindre, ou la massue levée d'un monstrueux assassin, il se pelotonne, et s'imagine-t-on, sous la forme d'un matou. Mais ce sont là de pures calomnies ; après la destruction des vieux cultes nationaux, le vul- gaire, dans une partie de l'Allemagne, en vint jusqu'à se représenter l'alf, ce doux enfant de la lumière, sous les traits d'un démon nocturne, tracassier et mauvais coucheur. Puisqu'il cessait d'être dieu, l'excellent génie a dû devenir un esprit réprouvé. Pareille dégradation est arrivée à sa voisine, la Mara ou Maira, déité féminine, bienfaisante à l'égal de l'Alf, et figurée sur les monuments avec des cor- (1) Illa avidas injecta manus heu sera cientem Auxilia, et magni referentem nomen amici Detrahit, adjuta; prono nam pondère vires ! (Valer. Flacc, III.) 22