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    38                   LA PIERRE A ÉCUELLE
    l'essence du sacrifice consistait dans l'effusion du sang ; ce sang,
    on le recueillait dans une ou plusieurs cavités d'une pierre
    trouée. Il le fallait bien, puisqu'on n'avait alors aucun
    vase de bronze avant le fer, et que les métaux précieux ne
    vinrent encore qu'après. L'intention évidente de rendre ces
    cavités aussi régulières et aussi propres que le permettait la
    nature du bloc choisi, et les instruments dont se servaient
    ces sculpteurs primitifs, n'est-elle pas encore une preuve du
    prix qu'on y attachait ? Il est vrai que des érudits ont essayé
     de classer ces pierres comme des marques indélébiles destinées
     à rappeler un grand événement ou un souvenir précieux ;
     mais alors pourquoi avoir donné précisément à ce signe
    historique la forme d'un vase à bec (1)? Cela ne s'expli-
     querait pas, alors que le besoin de recueillir, soit le sang
     des victimes, soit la liqueur des libations, est l'indice certain
     de l'attribution que nous en faisons. Et d'ailleurs, cette vé-
     nération dont elles furent constamment l'objet, et qui per-
     siste encore dans certaines parties de l'Europe où elles sont
     connues sous le nom de pierres sacrées (2), n'est-elle pas,
     de même, la démonstration de leur caractère religieux?
     Nous croyons donc la question tranchée.
        Non loin de YEcuelle de Saint-Martin, sur le bord orien-
     tal du plateau, il y avait encore, il y a quinze ans, une
     autre plus grande pierre creusée; sa cavité intérieure affec-
      ait nettement la forme du corps humain ; elle fut, en


       (1) Le chanoine Mahé, dans son Essai sur les Antiquités du Morbihan,
    p. 105, assure qu'on bouchait ce bec ou rigole avec de la cire, et que
    ce n'était que lorsque les génies avaient humé la libation, qu'on débou-
    chait la rigole pour laisser couleur le liquide sur la terre.
       (2) Il existe un ensemble de monuments mégalithiques très curieux
    dont nous regrettons de ne pouvoir parler, mais qui servaient aux céré-
    monies religieuses comme les menhirs ou pierres levées, les cromlechs ou
    alignements en cercle ou en ellipse, les dolmens et les allées couvertes.