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268 INCURSIONS DES ROUTIERS.
grand peine de prendre, et y furent à l'assaut un jour tout
entier mais rien n'y firent, car elle fut bien gardée et bien
défendue des genlishommes du pays qui s'y éloient retraits,
autrement elle eut été prise ; ils passèrent et s'espardirent
parmi la terre le seigneur de Beaujeu qui marchist illecques
el y firent moult de maux et puis tantôt entrèrent en l'ar-
chevêché de Lyon ; et ainsi qu'ils alloient et chevauchoienl
ils prenoient petits forts où ils se logeoient et firent moult
de deslourbiers (dommages) partout où ils conversèrent et
prirent un châtel et le seigneur et la dame dedans lequel
château s'appelle « Brinay ( Brignais ) et est à trois lieues
près Lyon sur le Rhône. Là se logèrent-ils et arrêtèrent,
car ils entendirent que les François éloient tous traits sur les
champs et appareillés pour eux combattre. »
Cette partie du récit de Froissart nécessite beaucoup d'ex-
plications; il ne faudrait pas conclure de ses expressions que
les Tard-Venus, en quittant Charlieu, se dirigèrent sur la
partie du Beaujolais voisine de la Saône. Le Beaujolais, que
Froissart appelle la terre le seigneur de Beaujeu, s'étendait
jusques à la Loire; d'ailleurs, Froissart dit formellement que
les Tard-Venus se dirigeaient vers celle rivière ; ils durent
donc, en quittant Charlieu, traverser les territoires de Vougy,
Perreux et autres voisins de la Loire, el lous situés en Beau-
jolais, pour se porter de là sur Brignais.
Nous avons, en outre, la certitude qu'une forle partie de l'ar-
mée des Tard-Venus, sous les ordres d'un de leurs capitaines,
nommé le Pelil-Meschin, traversa la Loire en se dirigeant sur le
Vivarais. Il est impossible de savoir sur quel point ils traver-
sèrent celte rivière ; mais ce fut certainement avant l'occu-
pation de Brignais, puisque Froissart dit que les Tard-Venus,
lorsqu'ils s'emparèrent de ce château-fort, apprirent en même
temps que les Français étaient en roule pour les combattre.
Matthieu Villani prétend cependant que le Petit-Meschin,