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douce de la consolation, et tout ce peuple vécut de la charité
lyonnaise depuis le 19 mai, nous rapportent les chroniques,
jusqu'au 9 juillet où les travaux de la moisson le rappelèrent
chez lui. Au moment de son départ, les administrateurs de
l'œuvre chargés de les nourrir réglèrent les comptes de leur
gestion et trouvèrent encore dans leur caisse deux cent quatre
vingt livres. Pour ne pas détourner celte petite somme de
l'intention des bienfaiteurs, ils la consacrèrent à la nourriture
des pauvres. Deux cent quatre vingt livres, c'était peu de
chose, mais la générosité chrétienne y ajouta de nouvelles
offrandes (1), et la fortune des pauvres, au lieu de dispa-
raître, s'accrut si fort que moins d'un siècle plus tard, en 1613,
sous l'épiscopat du cardinal de Marquemont, l'OEuvre de la
Charité et de l'Aumône générale de la ville de Lyon put faire
construire l'hospice et l'église que nous admirons aujourd'hui.
Je n'ai rien à apprendre aux habitants de Lyon sur l'anti-
quité de l'Hôtel-Dieu, son importance, sa fortune et l'hono-
rabilité de ses administrateurs. Tout le monde sait que cette
antique fondation du roi Childebert et de la reine Ultrogothe,
prodigieusement augmentée durant douze siècles par les libé-
ralités des simples citoyens comme par celle des grands sei-
gneurs et des rois, constitue un des premiers établissements
charitables du monde. Avant 1789, l'Hôlel-Dieu, à part les
améliorations, filles de la science et du progrès général, était
ce qu'il est aujourd'hui. La considération de ses administra-
teurs ou recteurs était si grande qu'on ne pouvait guère
être nommé échevin sans avoir été recteur de l'hôpital. Les
hommes les plus haut placés de la ville, comtes de Lyon,
anciens échevins, magistrats, gentilshommes regardaient
(1) Parmi les offrandes particulières, l'histoire doit mentionner spéciale-
ment.celle de Jean Ciéberg, qui donna soixante-dix mille livres, somme
équivalente alors à une fortune considérable.