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114 "NOTICE SUR J.-B. DUMAS.
Mais le conservateur si zélé de nos fastes académiques
semblait fuir pour lui-même la publicité avec le soin qu'il
mettait a en assurer aux autres le profit. Il y a de lui divers
manuscrits qui appellent de dernières appréciations.
L'un de ces écrits est la propriété de l'Académie. Dumas
nous avait adressé, pour être placé dans nos archives, un
volume manuscrit de fables en vers. Sa lettre de dédicace
nous expliquait pourquoi il n'avait pas voulu de l'œil du
public sur des productions qui ne pouvaient plus rencontrer
que défaveur. L'apologue, a l'en croire, était un genre qui
avait fait son temps ; il n'avait plus pour auxiliaires la malice
discrète et innocente du lecteur, la simplicité du goût, la
naïveté des mœurs ; la poésie d'à -présent affectait d'autres
allures et était soumise à des lois nouvelles d'étiquette. Du
reste, ce qui avait fait redouter a Dumas la publicité, c'était
tout autant le sentiment où il était de l'insuffisance de son
talent poétique que ce qu'il croyait de vétusté surannée au
genre dans lequel il s'était essayé.
De ces deux sources-de timidité et dé défiance qui avaient
arrêté les pas incertains du poète, au moins aurait-il dû
passer outre pour celle qui n'avait été ouverte que par sa
modestie. Je n'ai pas dessein d'examiner si les genres litté-
raires vieillissent et disparaissent, et si la fable, qui est peut-
être de tous les genres celui qui a le plus vécu et fait le
tour de toutes les nations , est aujourd'hui irrévocablement
condamnée. Je croirais que ce qui lait mourir les genres lit-
téraires , c'est, par un singulier contraste, précisément ce
qui les éternise : les genres littéraires meurent des chefs-
d'œuvre qui les ont épuisés, et, à mes yeux, Lafontaine est
pour beaucoup plus que le temps dans la loi qui interdirait
aux poètes d'aujourd'hui de faire des fables. Mais, en litté-
rature, quelle loi est absolue ? Et quelle est aussi celle qui
ne peut pas compter d'heureuses exceptions? Voyez si le