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382                ÉtUDE SUR BLAISE PASCAL.
le monde en mouvement, c'est-à-dire de ne lui avoir point ac-
 cordé une action immédiate et perpétuelle sur les choses hu-
 maines ? Qu'est-ce que cet arrêt à propos du même Descartes :
 « Toute la philosophie ne vaut pas une heure de peine! » que
 cette condamnation portée contre tous nos instincts et toutes
 nos affections : « nous ne sommes pas la fin les uns des autres
et nous ne devons pas nous aimer; » que cet anathème sur
toutes nos occupations et toutes nos jouissances : « L'homme
ne doit vivre que de Dieu seul ? » Pascal immole la raison à la
foi, la volonté à la grâce, et n'abaisse pas l'homme devant
Dieu, mais l'anéantit.
   Le rationalisme, quoique moins étendu, est pourtant mani-
feste. C'est afin de contenter la raison humaine que Pascal fait
entrer dans la démonstration du Christianisme toute la philoso-
phie et toute la morale. C'est dans un esprit rationaliste qu'il
relève la grandeur de la pensée, qu'il attaque l'autorité des
anciens, qu'il proclame le principe de la perfectibilité. L'exal-
tation de l'intelligence humaine est, en effet, le trait distinctif
de tous les rationalismes, le principe de la perfectibilité, c'est le
don de l'infini fait à la raison de l'homme ; la substitution de
l'autorité des modernes à celle des anciens est la création d'une
autorité plus rapprochée de nous, plus semblable à celle de
chacun de nous, plus discutable, par conséquent plus rationa-
liste. C'est enfin dans un esprit rationaliste qu'une fois en dehors
du cercle sacré de la foi, et comme pour se dédommager de sa
longue sujétion, il rejette toutes les traditions et traite d'une
façon si dérisoire les lois, les coutumes, les institutions .des
peuples, tout en disant qu'il les faut respecter.
   On croira voir dans cette dernière phrase le contraire de celle
que j'ai citée plus haut, et l'on ne se trompera pas ; mais cette
contradiction s'explique, si elle ne se justifie pas, par cette op-
position d'instincts et de tendance que nous avons reconnue
dans Pascal. Nous allons juger jusqu'à quel point cette oppo-
sition est réelle, car après avoir apprécié le rationalisme et le
Christianisme de Pascal, nous arrivons maintenant à son scep-
ticisme, et le scepticisme n'est en lui-même pas autre chose que