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          UNE VISITE AU TOMBEAU DE JACQUAKP.                  513



  Fête donc sa venue ; ah ! sans doute les jours
  Seront, même après lui, laborieux et lourds :
  L'ouvrage manquera.; la faim, morne fantôme,
  Viendra rôder encor près du métier qui chôme ;
  Plus d'une fois, le soir, on entendra le chant
  De l'ouvrier à jeun devenu mendiant.
  Oh ! par les soirs d'hiver quand j'entends cette plainte,
  Cette lugubre voix dans le brouillard éteinte
  Gémir au fond des cours, je ne suis pas de ceux
  Qui disent : c'est encore un pauvre, un paresseux.
  Non, le sang des aïeux crie au fond de mes veines ;
  Qui sait si l'un des miens, vers des portes hautaines,
  N'a pas, dans l'ombre, aussi traîné son dénùmentY
  Mais je te le dis, moi, dans ce sombre moment,
  A ces heures de crise où le cœur s'exaspère,
  Pense, pense à Jacquard, celui-là c'est ton père,
  Ton patron, ton vrai chef; d'autres peuvent venir
  Qui, tout bas, te diront: bats-toi pour en finir ;
  Aux plombs de ton métier va demander des balles ;
  C'est le fer qui fera les portions égales
  A ce banquet du riche où manque ton couvert ;
  Ceux-là mentent ; le fer ne résout rien ; le fer
  Egorge, voilà tout ! C'est l'esprit qui délie ,
  C'est la loi du travail plus douce et mieux remplie,
  C'est le temps, c'est l'amour, c'est Dieu qui de sa main
  Dirige les soleils comme le genre humain,
  Et fait vers l'Idéal où sa face se voile
  Monter l'esprit de l'homme et graviter l'étoile.


  Ivre de l'avenir, dédaigneux du présent,
  Tu te ris du bienfait du modeste artisan -,
  Les mondes à ton gré, dans leur marche ordinaire,
* Sont trop lents ; tu voudrais, par des coups de tonnerre,
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