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                    ÉTUDE SUR BLAISE PASCAL.                    371
sûrement, et sans avoir de retour à craindre, ou de déclin.
Elles s'élevèrent alors, comme elles se sont soutenues depuis,
sans secours étranger et par leur seule puissance.
   Les Provinciales, on l'a dit, je crois, sont un pamphlet, un
pamphlet immortel, mais les Pensées sont un livre. Le sujet
des Provinciales est une querelle théologique incomprise du
plus grand nombre, et qui n'a qu'un intérêt d'école ; celui des
Pensées est le problème de la destinée humaine posé dans sa
nudité effrayante, avec ses lumières, ses incertitudes, ses souf-
frances qui intéressent tous les temps et tous les hommes.
L'écrivain des Provinciales comme celui dés Pensées est un
malade et un solitaire, préoccupé de Dieu et de l'éternité, et qui
écrit au milieu des douleurs et en face de la mort. Mais, dans
les Provinciales, la préoccupation du public et la légèreté de la
forme détournent son attention de ces graves objets, et chan-
gent la direction de son esprit. Dans les Pensées, au contraire,
tout l'y ramène, l'y tient fixé, l'y enfonce davantage. Enfin,
l'auteur des Provinciales a eu le temps de lier ses idées, de
polir ses phrases, de corriger les aspérités de son style, peut-
être aussi d'en comprimer l'élan et d'en éteindre l'ardeur. Celui
des Pensées, au contraire, secoué par la maladie et pressé par
la mort, ne lie ni ne corrige, jette ses idées comme elles viennent,
dans leur désordre mais aussi dans leur force; ce n'est pas là
une œuvre, ni même une ébauche, c'est l'âme de Pascal même,
frémissante d'angoisses et sillonnée d'éclairs.
   Le style des Provinciales est simple et fin, mais il est en
même temps délicat, il est ironique et mordant, mais de cette
ironie tempérée de l'homme du monde, il est même chaleureux
et véhément, mais on le trouve rarement éloquent. Pour la
forme générale, ce livre est une vraie comédie,, avec dialogues,
incidents, caractères. Les Jésuites, les Thomistes, les Jansénistes,
apparaissent tour à tour. Pascal, sous le nom de Louis de
Montalte, les interroge, sans dessein en apparence, sinon de
s'instruire. Il va des Jésuites aux Thomistes, exposant ses doutes
avec une ingénuité maligne, se laissant endoctriner sans impa-
tience, écoutant avec un respect perfide. Puis, à la fin, ou il