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DE LA FOLIE. 221
Esquirol fait de graves reproches à notre système d'édu-
cation. Selon lui, il s'occupe trop de l'esprit, trop peu du
cœur ; il est faible ; sa discipline est sans austérité ; et
il tend trop au déclassement social. J'ajouterai, moi, que ces
vices se résument tous dans l'orgueil et la mollesse : l'orgueil
qui est la volupté de l'Esprit, et la mollesse qui est le propre
orgueil de la Chair. « Sois le premier, dans la plus douce des
conditions possibles, » dit tout père de nos jours à son fils ;
« sois le meilleur et grandis par l'effort et l'épreuve , » de-
vrait-il dire au contraire :—triste système d'éducation, qui va
toujours s'exagérant en mal et qui n'est bon qu'à multiplier
les femelettes et les fous !
III.
Mais, quelqu'importants que fussent les travaux des deux
savants qui les premiers ont affronté le lugubre problême des
maladies mentales, ils n'avaient pas encore dégagé complè-
tement les deux plus grands inconnus de ce problème , ceux
dont la connaissance doit le plus importer dans cette solution,
à savoir : le siège du mal et le traitement vraiment spécial Ã
lui appliquer.
L'honneur de les découvrir devait revenir à leurs élèves.
Mais n'est-ce point toujours eux ? car tout en faisant la part
la plus large à l'individualité humaine, qu'est-ce que l'élève,
si ce n'est le maître continué,
Pinel inclinait à placer le siège de la folie dans l'estomac -,
Esquirol le place, tantôt dans les extrémités du système ner-
veux et lçs foyers de sensibilité de diverses régions, tantôt
dans l'appareil digestif, tantôt dans le foie et ses dépendan-
ces : un peu partout enfin, excepté à son vrai siège, que sou-
vent pourtant il indique implicitement si bien dans l'expo-
sition des faits.