page suivante »
LES TOURISTES A ROME. 39 et on achète de lui de l'érudition et des jugements tout faits. On laisse au vulgaire le soin d'étudier, et on le plaint d'avoir à se donner la peine de travailler, de réfléchir et de marcher. On entend souvent dire : « C'est parfaitement inutile déparier « l'italien et d'avoir quelque peu étudié d'avance. On trouve à « Borne des cicérones ex trêmemenl commodes, qui conduisent « partout et donnent les explications désirables. » Je dirai même que l'acquisition des cicérones est de très-bon genre, et que les gens de rien sont seuls à s'en passer. Celui-ci est un complaisant qui rend mille sortes de services, et qui, au bout de peu de temps, permet à ses pratiques de causer art et archéo- logie avec un aplomb et une assurance que les autres ne peuvent pas avoir. Malgré tous les avantages attachés à la personne du cicérone, j'avoue que je l'ai en profonde horreur. Parfois on est obligé de subir son impertinent bavardage dans des lieux où l'on est accompagné par une de ses variétés, le custode , dont l'existence parasite a pour mission de surveiller les visiteurs et de'vivre aux dépens de leur bourse. 11 faut dire que beaucoup de ces cicérones ou custodes gagnent leur argent en conscience , au grand contentement de la majorité des touristes. Quant à moi, peut-être esprit mal fait , rien ne me fait plus souffrir que cette érudition de perroquet. Si mon intelligence se met à la hauteur des grandes scènes rappelées par les monuments que je visite, voilà aussitôt une observation saugrenue qui détruit le charme de ma rêverie et même la rend ridicule. Je vais en donner un exemple : Je visitais la terrible pri- son Mamertine , construite par Aucus Marcius, ad terrorem incfescentis audaciœ (Tite Live, 1 , 33) ; j'allais descendre dans le Tullianum, cachot infect et humide, creusé dans le sol par Servius Tullius, et qui ne communiquait avec la prison supérieure que par un trou destiné à recevoir les malheu- reux condamnés ; j'avais présente à la mémoire la description