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LES PROGRÈS DE L'ESPRIT HUMAIN, poème par Ph. BENOIT, de l'Académie
                           de Lyon.
    Les académies de province, cet éternel but des plaisante-
ries de tout homme qui, se piquant de littérature, s'est vu
déjà repoussé de ces sociétés ou ne leur appartient pas en-
core; les académies ont, du moins, cet incontestable avan-
tage qu'elles font naître l'émulation entre leurs membres et
qu'elles entretiennent le goût dés choses scientifiques ou
littéraires, dans un cercle choisi, où, quoiqu'on en dise,
viennent, tôt ou tard, s'asseoir tous ceux qui ont donné un
gage de quelque valeur aux sciences ou aux lettres.
    En général, on demande compte aux académies de ce
qu'elles ne font pas, mais on ne leur tient nul compte de
ce qu'elles font. Où sont vos grandes publications ? où sont
vos mémoires ? Vainement répondent-elles, chaque jour, par
leurs travaux collectifs ou individuels,l'épigramme est toujours
là, non plus vive et spirituelle, comme lorsqu'elle se signait
Voltaire ou Piron, mais usée et de mauvais goût comme toute
chose passée de mode.
    Entre les démentis éclatants donnés à celte accusation d'im-
puissance contre les académies, nous devons signaler le poème
récemment publié par M. Ph. Benoît, de l'Académie de Lyon.
Connu déjà dans le monde littéraire par des productions re-
marquables, auteur d'une tragédie, représentée avec succès,
il y a plusieurs années, sur notre première scène, M.Benoit
est un de ces hommes qui, ne cherchant dans les lettres qu'un
délassement et une distraction à leurs occupations habituelles,
ont su, néanmoins, s'y faire applaudir et y conquérir un nom,
presque à leur insçu. Son poème des Progrès de l'Esprit hu-
main ajoutera encore à l'estime que les amis de la bonne
littérature font du talent de l'auteur.
   Vaste et brillant tableau des conquêtes successives de l'in-
telligence humaine, ce poème, qui se distingue, d'ailleurs,
par une versification à la fois élégante et forte, par la poésie
des images, la noblesse de l'expression et l'enchaînement
logique des idées, est un monument qui fait un égal hon-
neur au poète et au penseur.
   A renonciation du titre, on s'effraie de la grandeur et delà
difficulté de l'entreprise; on se demande s'il est, en effet, possi-
ble de renfermer, dans les bornes étroites d'une lecture acadé-
mique, un sujet au développement duquel suffiraient à peine
plusieurs volumes; mais on reconnaît bientôt que celte tâche
ardue n'était pas au dessus des forces du penseur et que,
maître de son sujet, le poète a su le réduire dans ses formes
sans l'altérer dans son essence.