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339 LES PROGRÈS DE L'ESPRIT HUMAIN, poème par Ph. BENOIT, de l'Académie de Lyon. Les académies de province, cet éternel but des plaisante- ries de tout homme qui, se piquant de littérature, s'est vu déjà repoussé de ces sociétés ou ne leur appartient pas en- core; les académies ont, du moins, cet incontestable avan- tage qu'elles font naître l'émulation entre leurs membres et qu'elles entretiennent le goût dés choses scientifiques ou littéraires, dans un cercle choisi, où, quoiqu'on en dise, viennent, tôt ou tard, s'asseoir tous ceux qui ont donné un gage de quelque valeur aux sciences ou aux lettres. En général, on demande compte aux académies de ce qu'elles ne font pas, mais on ne leur tient nul compte de ce qu'elles font. Où sont vos grandes publications ? où sont vos mémoires ? Vainement répondent-elles, chaque jour, par leurs travaux collectifs ou individuels,l'épigramme est toujours là , non plus vive et spirituelle, comme lorsqu'elle se signait Voltaire ou Piron, mais usée et de mauvais goût comme toute chose passée de mode. Entre les démentis éclatants donnés à celte accusation d'im- puissance contre les académies, nous devons signaler le poème récemment publié par M. Ph. Benoît, de l'Académie de Lyon. Connu déjà dans le monde littéraire par des productions re- marquables, auteur d'une tragédie, représentée avec succès, il y a plusieurs années, sur notre première scène, M.Benoit est un de ces hommes qui, ne cherchant dans les lettres qu'un délassement et une distraction à leurs occupations habituelles, ont su, néanmoins, s'y faire applaudir et y conquérir un nom, presque à leur insçu. Son poème des Progrès de l'Esprit hu- main ajoutera encore à l'estime que les amis de la bonne littérature font du talent de l'auteur. Vaste et brillant tableau des conquêtes successives de l'in- telligence humaine, ce poème, qui se distingue, d'ailleurs, par une versification à la fois élégante et forte, par la poésie des images, la noblesse de l'expression et l'enchaînement logique des idées, est un monument qui fait un égal hon- neur au poète et au penseur. A renonciation du titre, on s'effraie de la grandeur et delà difficulté de l'entreprise; on se demande s'il est, en effet, possi- ble de renfermer, dans les bornes étroites d'une lecture acadé- mique, un sujet au développement duquel suffiraient à peine plusieurs volumes; mais on reconnaît bientôt que celte tâche ardue n'était pas au dessus des forces du penseur et que, maître de son sujet, le poète a su le réduire dans ses formes sans l'altérer dans son essence.