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196 d'industrie, de négoce sous quelqu'aspect que ce soit, n ; j prendra jamais racine ; y vivra isolé , et , comme s'il était soumis à quelque invincible châtiment du ciel , atten- dant patiemment sa délivrance. Grâce à Dieu, l'heure de la mienne a sonné, je parle donc , sans fiel contre le pays, et sans rancune pour les jours d'ennuis que j'y ai passés. Dans d'autres villes, les riches, dans les temps malheureux, s'amu- sent pour que leurs plaisirs soient profitables aux pauvres ; à Saint-Étienne, les riches, c'est-à -dire ceux qui ont déjà beaucoup d'argent, mais, qui n'en ont pas encore assez, ne veulent pas jeter aux misères infimes le fruit de leurs pei- nes ; ils veulent bien que les misères infimes ne soient pas telles, qu'elles poussent le peuple à demander l'aumône à main armée, mais ils spéculent encore en ceci et quand le commerce ne vas pas ou va peu, on donne bien du travail à l'ouvrier; mais on ne le lui donne qu'en diminuant son salaire ; on ne se contente pas de lui faire gagner son pain, on le lui fait pour ainsi dire payer deux fois. L'étroit esprit de commerce se fait partout sentir ; il a tout arrêté sous le rapport de l'intelligence et de l'agrément ou de l'art. Les étrangers, autres que les commettants, sont une sorte de phénomènes dont on semble craindre le contact. Les professions libérales y sont en profond mépris parce que l'ar- gent seul, et plus qu'ailleurs cent fois, même dans ce siè- cle qui tient tant à l'argent, l'argent seul y donnerait le rang et la considération, si les Stéphanois avaient l'idée des rangs et de la considération. Comme ils ne font que vendre, ils ne comprennent pas que les fonctionnaires publics ne vendent pas plus cher leurs services, et, comme ils gagnent tant sur chaque sorte de rubans ou sur chaque qualité de fer qu'ils livrent, ils ne peuvent pas croire qu'on ne vende pas tant ses paroles ou ses écrits. Aussi ils se font une sorte d'idée de la profession d'avocat et de celles d'avoué et de notaire ,