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   Je ne prétends pas que, dans l'application, ces deux sys-
tèmes soient aussi nettement séparés que dans la théo-
rie, qu'ils ne se mêlent jamais, qu'ils ne se fassent jamais
d'heureux et de mutuels emprunts. Sans doute il n'est pas pos-
sible d'accumuler dans un esprit un grand nombre de connais-
sances positives, sans qu'il en résulte un certain développe-
ment de l'intelligence; ni de développer utilement l'intelli-
gence, sans laisser dans la mémoire une foule de connais-
sances précieuses. Je veux seulement signaler deux tendances,
dont l'une doit nécessairement prédominer dans tout système
d'enseignement. Je prétends seulement que toute méthode
d'éducation se propose nécessairement pour but spécial ou de
meubler l'esprit, ou de le former.
   Or, il me semble que quand il s'agit d'un enseignement en-
core élémentaire, il n'y a pas lieu d'hésiter. Plus tard, quand
les progrès de l'âge, quand les sages exercices d'une éducation
préparatoire auront terminé la croissance de la raison, alors
tiendra l'instruction spéciale, alors elle armera pour la lutte
de la vie un esprit devenu fort par la lutte des idées : mais,
jusque là, ne chargez pas votre élève d'un amas de faits indi-
gestes, n'écrasez pas l'épaule d'un enfant sous la massue
d'Hercule.
   Ce développement progressif de l'intelligence, cet épa-
nouissement normal de la pensée, c'est le but que nous
nous proposons dans l'éducation littéraire^ dont la rhétorique
n'est que le couronnement.
   Chez les anciens, la rhétorique était un art tout spécial,
tout pratique : elle faisait des tribuns, des avocats. Le rhé-
teur était un maître d'escrime ; il vous révélait les secrets
du métier, yous apprenait à manier l'amplification avec
dextérité, à faire étinceler le dilemme à deux tranchants,
à éblouir le juge, à désarmer l'adversaire, à lui faire tomber
des mains le syllogisme, à le percer d'une poignante ironie ;
la rhétorique était la salle d'armes; le Forum était le champ
de bataille.