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roseau se courber sur la ligue, le poisson crédule ouvrir sur
l'hameçon une large gueule, puis le liège qui tremble, la soie
qui s'agite, le roseau qui plie ; nous n'aurons à regretter
aucun détail, pas même Je sautillement convulsif de la mal-
heureuse proie, essoufflée, palpitant sur le sable. Le vers suit
tous les mouvements du pêcheur, tous les frémissements du
poisson, avec une grâce, une souplesse, une habileté pro-
digieuse , qu'on regrette de voir prodiguer à de si minces
sujets.
   En France, le chef de l'école descriptive a traité aussi ce
sujet : il nous a présenté dans l'Homme des Champs le tableau
d'une pêche à la ligne. Les traits les plus intéressants d'Au-
sone s'y trouvent reproduits, mais dégagés du lest pesant des
détails inutiles. Comme dans le poète latin,

        Le pécheur patient prend son poste sans bruit,
        Tient la ligne tremblante et sur l'onde la suit,
        Penché, l'œil immobile, il observe avec joie
        Le liège qui s'enfonce et le roseau qui ploie.

Mais Delille ne nous fait pas assister à tous les détails de l'a-
gonie du poisson. Il avait trop de goût pour ne pas sentir que
cette peinture aurait assombri son riant tableau. De plus, il a
resserré en quatre vers l'énumération des poissons, et animé
son récit par de vives tournures. Il a surpassé Ausone comme
poète, et lui a laissé le mérite secondaire d'une versification
plus minutieusement travaillée.
   C'est avec la même finesse d'observation et la même flexi-
bilité de style qu'Ausone nous présente les petits accidents
naturels que forment le sable ou l'herbe au fond de la rivière,
et la réflexion des pampres du coteau.
        Quod sulcata levi crispatur arena meatu ;
        Inclinata tremunt viridi quod gramina fundo,
        Utque sub ingenuis agitatœ fontibus herbœ