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C'est avec goût qu'Ausone ne prolonge pas sa description. En
effet, il ne peint point une scène dont il ait été témoin^ il raconte
ou suppose une tradition. Son sujet lui refusait donc des détails
plus précis : il ne pouvait, comme fait ensuiteleTasse, dévelop-
per sous nos yeux de blonds cheveux tout ruisselants d'une onde
limpide, et des formes voluptueuses que dissimule mal la trans-
parence de l'eau. La peinture du poète latin est donc plus
indécise, plus fuyante : sa riante mythologie ne se laisse
entrevoir qu'à travers un voile mystérieux ; la curiosité est
plutôt excitée que satisfaite : ses détails glissants échappent
comme les Naïades à l'imagination qui les poursuit. La
muse d'Ausone fait comme la bergère de Virgile, elle dé-
sire bien qu'on l'aperçoive , mais elle s'enfuit derrière les
saules.
   La Moselle nous offre encore une scène rapide et animée :
c'est celle du voyageur suivant à pied la rive, du batelier glis-
sant lentement sur l'eau., qui jettent en passant au vigneron, oc-
cupé sur la colline, des compliments peu flatteurs, que celui-ci
leur renvoie avec usure, et que répète encore l'écho de la rive
et de la forêt.
  Malheureusement Ausoue n'est pas toujours aussi sobre de
détails. Quel amateur d'ichlhyologie ne serait fatigué par cette
revue générale de tous les poissons de la Moselle, qui viennent
défiler en bon ordre, au son d'une harmonieuse versification,
pendant une centaine de vers?
   Pourpeu qu'un poète descriptif fasse son métier en conscien-
ce, après le tableau des poissons doit venir celui de la pêche.
Ausone serait inconsolable d'y manquer. Nous aurons une
pêche au filet, et une pêche à la ligne parfaitement condi-
tionnée. Nous verrons le pêcheur penché sur le fleuve, le

humide séjour :. elles plongent sous les eaux les satyres inhabiles à nager,
et s'échappent en glissant de leurs bras : ceux-ci veulent saisir leurs mem-
bres fugitifs , et ne pressent que les flots purs dans leurs vains embrasse-
menls. »
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