Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                                 315
    Ce dont nous remercions sincèrement M, Anlony R é n a l ,
c'est de nous avoir fourni l'occasion d'apprécier les brillantes
 espérances que donne le talent, dès aujourd'hui incontestable,
de M.Bovery ; talent réel puisque le débutant, assiégé comme
il devait l'être par les souvenirs nombreux que sa pratique de
tous les jours devait rendre plus inévitables encore, a su d o n -
ner à son œuvre une forme mélodique, une facture exemple
de plagiat.
    La forme héroïque, pour un opéra, est devenue bien aride à
traiter, depuis que tant de chefs-d'Å“uvre du genre sont dans la
mémoire de tous. Depuis Fernand Cortez, le Siège de Corinthe,
la Muette de Portici, et surtout Guillaume Tell, nous l'avouons, il
est difficile d'être neuf. M. Bovery a su pourtant donner p a r -
fois aux idées d'autrui un cachet qui dénote un talent réel.
Nous n'analyserons pas les morceaux saillants de l'ouvrage,
nous ne ferons que les indiquer rapidement.
    Les deux chœurs du premier acte : celui de l'introduction
heureusement nuancé, et celui que précède l'arrivée de Riga,
lequel est parfaitement en situation, sont d'excellents m o r -
ceaux. Quant au chœur, commençant par ces mots : Au pre-
mier signal, bien des compositeurs, dont la réputation est
faite, voudraient l'avoir écrit. Citons, au premier acte, le final
 qui rappelle trop celui de Guillaume Tell ; au 2 e acte, la cava-
tine de M me Minoret ; les couplets de Siran,pleins d'une mélodie
amoureuse et guerrière, et dont le motif est charmant; le duo
de Mm<= Minoret et de Gustave Blés ; au 3 e acte, la romance de
Lesbros, pleine d'une certaine mélancolie ; l'air de grâce, qui
était un écueil pour le compositeur, écueil que le souvenir
de Meyerbeer pouvait rendre impossible à surmonter, et dont
M. Bovery a triomphé, en écartant toute ressemblance avec une
situation analogue à reproduire; enfin, au 2 e acte, le trio à l'unis-
son si habilement ramené au 3 e , trio dès aujourd'hui populaire,
et dont, pour cette fois., Meyerbeer a fourni le modèle. Ce
trio, à notre avis, est un des meilleurs du genre. On sait l'ef-
fet produit par le choral des Huguenots constamment ramené,
s'unissant à toutes les émotions du drame, éclatant enfin, au
5 e acte,en accents de désespoir, et comme la prière sublime de
martyrs inspirés : la même pensée a présidé au trio à l'unisson
chanté dans le Giaour par M me Minoret, et par MM. Siran et
Lesbros; seulement, au 2e acte, c'est un appel au courage qui
doit vaincre les ennemis de la patrie, appel qui devient un
chant de victoire , quand la victoire est remportée. Certes,
nous ne ferons point un reproche à M. Bovery de s'être ins-
piré d'un grand m a î t r e ; c'est le propre du talent de s'appro-
prier un bien qui a appartenu à d'autres, de transformer une
pensée pour en faire une pensée nouvelle ; le génie seul peut