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150 quipage. Était-ce par ironie ou par pitié que l'on signalait ainsi la différence d'âge des criminels?... Déjà des murmures d'impatience s'élevaient dans la foule. Elle ne pouvait attendre ! Les hommes sont parfois plus féro- ces que la loi!... Pourquoi s'en plaignent-ils donc? C'est que les passions les font mouvoir eux , et la loi qui est sûre de son arrêt ne compte pas les minutes d'une existence. Bientôt une nouvelle fluctuation de la foule nous annonça l'approche des malheureux condamnés. Ils marchaient lentement au milieu de ces flots de populace plus terribles que les flots de la mer. On se pressait sur leurs pas. On examinait leurs figures , leur contenance. Ils ne mon- traient aucune terreur. Le peuple qui eut voulu hurler resta muet devant ce mépris de la mort. Lui formé jadis de l'écume des mers , n'osait insulter à ces écumeurs de mer. Un lien d'affinité semblait paralyser ses sens inertes. Nous ne lardâ- mes pas à les apercevoir ; ils étaient en manches de chemise , marchaient la tête haute et fière, le regard tranquille. Un fris- son me courut dans les veines devant cet holocauste offert à la vengeance des hommes. Je me retournai pour voir Charles; sa figure était contractée , et son regard fixé sur la foule sem- blait la dévorer, l'assassiner. Les pirates arrivés devant leurs croix, regardèrent la mer d'un air s o m b r e ; sans doute ils lui faisaient leurs adieux, sans doute ils regrettaient de n'avoir point péri dans ces vagues qui étaient là devant eux assistant à leur supplice. L'un d'eux , jeune homme de vingt-cinq a n s , au teint brun et pâle , à la physionomie pleine de fierté, d'énergie et de mé- lancolie , promenait sur la foule un regard ardent et inquiet. Que cherchait-il ? que voulait-il à cette foule insensible? que demandait-il en ce monde pour les cinq minutes d'existence qui lui restaient?.. Hélas! c'était devoir, une fois encore, une dernière fois avant de quitter la vie, l'être chéri pour qui seul il la regrettait. Ses yeux s'arrêtent sur chaque tête de jeune tille : il écoute avec anxiété les moindres rumeurs du peuple ,