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être l'encens de la vertu vers Dieu en parfum mondain de
volupté, pour le répandre aux pieds des h o m m e s .
   Certes, la critique ne peut refuser à George Sand une
certaine générosité , une certaine fougue de noble indigna-
tion , lorsqu'il s'agit d'injustice. Rencontre-telle sur son pas-
sage le vice, surtout le vice puissant et dominateur, alors elle
n'a pas assez de loutes ses facultés pour le c o m b a t t r e , pour le
terrasser ; sa parole devient un fer rouge qui brûle le front de
l'infâme ; et si, le respect dû aux morts ne faisait pas un devoir
de se taire sur un homme que l'éternité vient de juger, nous
aimerions à citer de George Sand quelques pages de ses let-
tres d'un voyageur, intitulées : Le Prince. Non seulement c'est
la flétrissure ineffaçable d'un trop célèbre diplomate, mais
 mieux encore, c'est le condamnation sanglante de la politique
 machiavélique qui est à l'ordre du jour en Europe.
   Ces é l a n s , celte ardeur contre les méchants ne sont pas ra-
res dans les écrits de George Sand; mais il faut bien l'avouer,
englobant souvent le bien dans sa h a i n e , cet écrivain semble
avoir fait de l'attaque le mobile de sa destinée; mécontente de
ce qui l'environne, elle ne songe qu'à détruire.
   Purifions nos lèvres avec un charbon ardent, disait Isaïe. Au
lieu de suivre celle belle sentence de conduite, George Sand
porte le charbon ardent sur loul ce qui l'offusque, confondant
souvent dans sa colère le vice et la vertu, elle met quelquefois
la même ténacité à abattre l'un qu'à combattre l'autre ; c'est
surtout quand elle entre dans le domaine de la philosophie
 que l'on peut apercevoir le manque d'unité dans ses idées ; là
son imagination lui lient lieu de méditation; aussi, celte
science est-elle pour elle un livre presque fermé, une langue
 presque inconnue, dont elle devine, dont elle pressent quel-
 ques théorèmes, sans chercher pourtant à les approfondir,
 et dont par conséquent elle ne peut comprendre le sens
 absolu.
    Malgré tout son génie, quand elle aborde les hautes ques-
 tions de lamélaphysique, George Sand s'égare, et malheureuse-