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aussi prises pour modèles, non de pensée., mais de forme.
Comme à l'auteur d'Atala et de René, rien ne Coûte à George
Sand pour revêtir l'idée d'une robe éclatante et somptueuse ;
aussi pourrait on dire d'eux seuls, sans crainte d'être accusé de
partialité, qu'ils ont su faire marcher la langue en reine et non
en esclave.
   Abandonnant cette tendance presque générale des roman-
ciers du jour vers l'observation microscopique des individus
et des habitudes, dédaignant cette littérature des infiniment
petits, monde nouveau, découvert par M. de Balzac, fourmil-
lières de détails que sa canne a par hasard réveillée un jour en
passant, George Sand s'est jetée dans des spéculations plus
élevées; délaissant l'ecorce et J'enveloppe de l'arbre pour ne
songer qu'à en recueillir la sève nourricière et fécondante>
elle s'est beaucoup plus occupée, en un mot, des passions, que
des mœurs, de l'homme que de l'habit.
   Dans ses romans , ou plutôt ses demi-poèmes , peu lui im-
porte l'intrigue, l'action ;ce qui absorbe sa pensée toute entière,
c'est le développement d'un caractère énergique, d'un senti-
ment puissant. Bien différente de toutes ces médiocrités qui
font consister le mérite d'une œuvre littéraire ou scènique dans
un imbroglio plus ou moins compliqué, dans un canevas plus
ou moins difficile à c o m p r e n d r e , George Sand fuit la routine
ainsi que la m o d e , et s'attache davantage à émouvoir le cœur,
qu'à captiver l'attention par des moyens vulgaires et usés. Elle
laisse charpente)' leurs œuvres à tous ceux qui ont la préten-
tion d'être dramatiques dans leurs livres, à tous ceux qui
croient qu'on écrit à coup de haches, et qu'on pense à coups
d e marteau.
   Comme Shakspeare, comme Racine , comme tous les
grand écrivains du passé , George Sand ne cherche pas dans
l'accessoire un surcroît d'intérêt ; elle pose un personnage, une
passion; la passion s'agite, prend vie, nous t o u c h e , nous
transporte, et l'Å“uvre est faite.
  La femme, plus sensible, plus impressionnable que l'homme,