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295 aussi prises pour modèles, non de pensée., mais de forme. Comme à l'auteur d'Atala et de René, rien ne Coûte à George Sand pour revêtir l'idée d'une robe éclatante et somptueuse ; aussi pourrait on dire d'eux seuls, sans crainte d'être accusé de partialité, qu'ils ont su faire marcher la langue en reine et non en esclave. Abandonnant cette tendance presque générale des roman- ciers du jour vers l'observation microscopique des individus et des habitudes, dédaignant cette littérature des infiniment petits, monde nouveau, découvert par M. de Balzac, fourmil- lières de détails que sa canne a par hasard réveillée un jour en passant, George Sand s'est jetée dans des spéculations plus élevées; délaissant l'ecorce et J'enveloppe de l'arbre pour ne songer qu'à en recueillir la sève nourricière et fécondante> elle s'est beaucoup plus occupée, en un mot, des passions, que des mœurs, de l'homme que de l'habit. Dans ses romans , ou plutôt ses demi-poèmes , peu lui im- porte l'intrigue, l'action ;ce qui absorbe sa pensée toute entière, c'est le développement d'un caractère énergique, d'un senti- ment puissant. Bien différente de toutes ces médiocrités qui font consister le mérite d'une œuvre littéraire ou scènique dans un imbroglio plus ou moins compliqué, dans un canevas plus ou moins difficile à c o m p r e n d r e , George Sand fuit la routine ainsi que la m o d e , et s'attache davantage à émouvoir le cœur, qu'à captiver l'attention par des moyens vulgaires et usés. Elle laisse charpente)' leurs œuvres à tous ceux qui ont la préten- tion d'être dramatiques dans leurs livres, à tous ceux qui croient qu'on écrit à coup de haches, et qu'on pense à coups d e marteau. Comme Shakspeare, comme Racine , comme tous les grand écrivains du passé , George Sand ne cherche pas dans l'accessoire un surcroît d'intérêt ; elle pose un personnage, une passion; la passion s'agite, prend vie, nous t o u c h e , nous transporte, et l'œuvre est faite. La femme, plus sensible, plus impressionnable que l'homme,